Jour 2106

En compagnie du peintre de renom, mes oreilles bercées par son bel accent, j’ai senti que mes veines étaient mystérieusement traversées par des flux d’amour auxquels nul ne peut résister. Au bout d’un moment, cela dit, je me suis mise dans la peau de Stéphan Bureau, que j’ai déjà vu à la télévision interviewer Michel Tournier. Stéphan ferme les yeux pour montrer qu’il se concentre, que ça va bientôt commencer, sa conversation avec un homme d’exception. Lynda ouvre la bouche d’un air sérieux et plus son air est sérieux, plus cela signifie qu’elle se délecte de cette rencontre intime et qu’elle ne veut pas trop le montrer.

En fin de semaine dernière, il m’est arrivé quelques temps forts. D’abord j’ai donné naissance à ma belle Julie à partir d’une toile bariolée sur laquelle j’avais tracé des boucles. J’ai regroupé les boucles à l’aide d’un fin tracé qui est devenu la tête de la vache, et j’ai rempli l’espace intérieur des boucles qui est devenu autant de taches de fourrure de vache. La difficulté, je l’ai écrit hier, ce furent les pattes car je ne maîtrise pas la perspective, je dessine tout à plat comme les Égyptiens. Le corps et la tête de Julie sont aussi traversés de lignes fines qui créent un effet semblable aux continents qui se côtoient d’une toile que j’ai complétée cet été.

Ensuite, j’ai eu une révélation. Je me suis dit que ce que j’avais vécu auprès de François était un bel exemple de don de soi, même si je n’ai pas été capable de me comporter en ange, ou en sainte, ou en robot infaillible et que, de ce fait, j’ai eu des petites faiblesses humaines. De là, j’ai réalisé qu’à mon âge, je ne changerais pas, et qu’il me fallait accepter de ne pas être performante sur toute la ligne 100%. De là, j’ai réalisé que mon veuvage, ou mon célibat, ne représentait pas une pénitence afin d’expier mes fautes, ou encore qu’il ne représentait pas une période de souffrance imposée, au terme de laquelle j’allais devenir une meilleure personne.

J’ai réalisé, enfin, à la lecture de Tuer le père, d’Amélie Nothomb, que je suis trop sensible pour écrire des romans, des textes longs dans lesquels les personnages vivent des transformations qui peuvent s’avérer significatives. Le magicien Norman Terence, par exemple, sage et humaniste, sérieux, sûr de lui, représente en plein l’homme à cerveau et à colonne vertébrale qui m’ébranle tant. Or, il devient fou.
– Non ! me suis-je exclamée en passant à deux cheveux de lancer le livre devant moi sous l’effet du choc, qui s’est transformé en colère.
Peut-être que je me confine à mes petits textes sur la vie, me suis-je dit par après, pour la bonne et simple raison qu’ils ne me font pas souffrir.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire