En attendant Suzanne pour aller dîner, je dresse la liste des choses que j’ai faites hier soir. D’abord, j’ai marché plus que je ne l’aurais voulu pour me rendre à la maison, n’étant pas sortie à la bonne station de métro. En arrivant, trempée non par la pluie mais par la canicule, je me suis changée. Puis, en désordre car je ne me rappelle plus de l’enchaînement de toutes ces actions : j’ai installé trois moustiquaires, descendu deux toiles dans le cagibi, accroché un cadre dans la chambre d’Emmanuelle, vidé et rempli aussitôt le lave-vaisselle, fait trois brassées de linge, en ai étendu deux et passé l’autre à la sécheuse, trié ensuite ce qui était sec et moins sec en mettant sur des dossiers de chaises ce qui l’était moins, passé l’aspirateur partout, rangé les vêtements dans la chambre d’Emma, fait mes exercices de physio, transplanté deux cactus, arrosé les géraniums dehors, changé la nappe, soupé en jouant à Freecell –comme ça, je mange moins vite.
S’il y avait un homme dans ma vie, probablement que je ne courrais pas autant en une même soirée, mais est-ce que cela me chicoterait de ne pas avoir couru ? C’est de ne pas savoir si cela me chicoterait qui me chicote le plus. Quand j’étais avec mon ex-compagnon, je courais en masse pour subvenir à l’entretien de la maison et de la famille, tout en travaillant à temps plein. Je dois avouer que mes activités le fatiguaient, me voir aller et venir sans arrêt pendant qu’il essayait d’écouter la télé tranquille. Avec mon autre compagnon décédé il y a huit mois, je ne m’agitais guère pour profiter de sa présence le soir, et je me sentais parfois tiraillée entre le désir d’être avec lui et le désir de ranger, nettoyer, classer, arranger. Si jamais il se présente un troisième compagnon dans ma vie, j’aimerais que cela se fasse dans un niveau de tiraillement zéro, mais j’imagine qu’il faut être bien zen pour y arriver…