Détente chez les amis de l’Ile-Perrot en buvant du vin rouge. Je demande au fils si ça fait longtemps qu’il porte une petite frange sur le front. Sa mère répond à sa place. « C’est parce qu’il a utilisé du revitalisant pour se laver les cheveux, plutôt que du shampooing, il ne sait pas qu’il y a une différence entre les deux ». Le fils a 18 ans. Elle entreprend de lui donner un cours sur le sujet. C’est ici qu’arrive la poésie. Elle dit Revitalisant en anglais, prononcé à la francophone, cela devient Conditionneur dans sa bouche, mais comme la maman est vénézuélienne, conditionneur devient Conditionnateur.
Un collègue m’appelle et me dit des choses amusantes au téléphone, de style « Si vous avez de la difficulté à maîtriser votre logiciel, c’est probablement à cause de votre âge ». Je m’éclate de rire, emballée. Je lui dis à quel point je suis contente de découvrir qu’il n’y a pas juste une personne, en l’occurrence moi, qui se permet de dire des niaiseries. « Hélas, me répond l’homme d’un ton las, j’en entends tous les jours beaucoup ». Malheureusement, je ne suis pas vite. Pleine de curiosité, avide de découvrir à qui il parle, pour que j’essaie de leur parler aussi, je lui dis « Vraiment ? » C’est seulement une fois le mot prononcé que je saisis le drame.
Récemment j’ai mangé avec un collègue avocat et notre conversation autour de DSK, qui d’autre, m’a amenée à constater à quel point la loi, la jurisprudence, notre système juridique dans son ensemble, peut-être même dans tous les pays, est inapte à tenir compte de l’instinct, de l’intuition, de la capacité que nous avons de pressentir et de savoir, même s’il n’y a pas de preuve. Encore un drame.