Jour 2166

Il me semble avoir fait en trois jours de long week-end ce qu’une personne normale aurait fait en cinq. C’est-à-dire que je suis normale, mais quand j’ai une idée en tête, je peux être anormalement persévérante. Donc, dimanche, j’ai travaillé sans relâche sur mon projet de cailloux le long de la maison, ceux qui ont été livrés en quantité de deux tonnes et non de dix. M’accompagnaient le doux bruissement des feuilles de bouleaux et le grondement d’un tonnerre lointain, le bourdonnement –presque incessant– des mouches à chevreuil et des guêpes qui me tournaient autour de la tête, de même que les fourmis sur mes mollets car je travaillais assise à même le terrain. Très vite, dans cet inconfort, 16 heures 30 est arrivé. Nous devions quitter au plus tard à 17 heures pour Emmanuelle. J’ai vérifié s’il était absolument nécessaire qu’elle se rende à sa réunion scout, et il s’est avéré que c’était absolument nécessaire. Nous avons donc accéléré les préparatifs de départ : lancer dans la maison ce qui ne peut rester dehors, mettre dans un sac la nourriture que nous voulons ramener, prendre ma douche, m’habiller, fermer fenêtres, ranger minimalement, verrouiller portes. Efficaces, nous partons à 17h10.

Sur la 343 tout va bien mais, assez rapidement, nous nous retrouvons dans un embouteillage : au final, nous avons passé trois-quarts d’heure à rouler à 20 km/h.

Les premières minutes, j’ai eu peur de faire une dépression nerveuse mais Emmanuelle, tout à fait bien dans sa peau et à peine consciente que nous étions bloquées, toujours tellement stimulée par la musique qu’elle écoute et les paroles des chansons qu’elle connaît par cœur, a eu l’idée de nous servir de la salade verte avec moult délicieuse vinaigrette. Elle pouvait manger à la fourchette, il en traînait une tout à fait par hasard dans la voiture, mais c’était plus prudent pour ma part que je mange avec les doigts –en les trempant dans l’huile. Comme fond sonore, plutôt fort, il y avait les tunes de chouchou sélectionnées sur son iPod. J’ai appris à les accepter toutes, c’est moins compliqué et moins fatigant que d’essayer de lui en demander qui me plaisent. Comme fond olfactif, tout aussi fort et pénétrant, il y avait alternance de purin de porc et de fumier de vache, mon grand réconfort car j’adore ces odeurs. Tout à coup, dans cet immobilisme et ces décibels, je me suis sentie grisée comme lorsque je cale une bière. C’était le fait d’être avec ma fille, dans le temps présent. Cela s’appelle l’effet Emmanuelle. Nous nous sommes mises à faire des blagues, la salade était finie et elle avait repris sa position d’ado, pieds nus sur le tableau de bord. Outre le fait que je me sois sentie en état de grâce dans un embouteillage, sans médicament, sans aucun produit aidant, il s’est produit deux miracles : chouchou n’est pas arrivée en retard, et je n’ai pas taché ma robe.

 
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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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