Pour bien souligner l’anniversaire de François, à part les cigales, le temps magnifique, l’invitation inopinée de Monique et le 5:55, il est arrivé ceci : je marche dans mon quartier de Notre-Dame-de-Grâce. Qu’est-ce qui passe au même moment dans un grand mouvement d’ailes majestueuses ? Un héron. J’en vois à l’occasion à la campagne, mais jamais à Montréal.
Ce matin, j’ai marché en compagnie de mes amies les cigales. Elles semblaient de fort bonne humeur parce qu’elles placotaient en masse. Rendue aux environs de Décarie, je rencontre Alfredo, le tailleur. Il me dit avec son accent habituel :
– Lyndâ, tu es donc bien belle ce matin (il veut me garder comme cliente).
Évidemment, la phrase aurait été plus absolue sans les deux derniers mots, mais quand même. Je lui dis, vêtue d’un pantalon qu’il a refait pour moi :
– Vous voyez Alfredo, je porte votre travail (je veux qu’il me redise que je suis belle, absolu ou pas).
Ma patronne m’a annoncé hier que j’allais changer de bureau. Le mien est tout petit, tapissé d’œuvres d’Emmanuelle, pas de fenêtre mais j’y suis extrêmement bien. Le prochain sera plus grand m’informe-t-on, mais nous y serons deux. Ma future collègue de bureau, appelons-la Ludwika pour les besoins de l’anonymat, l’a déjà vu et désire me le montrer. Je lui réponds que j’aimerais mieux avoir la surprise et ne rien voir d’ici le déménagement, mais en même temps nous sortons d’une réunion, nous sommes quasiment sur le chemin du bureau en question, alors nous y allons. Ludwika m’explique qu’il est plein sud, très ensoleillé –donc il y a des fenêtres !–, la vue donne sur le boisé non loin des résidences, il est climatisé –ce n’est pas le cas de tous les bureaux à l’Université. Rien que des choses positives, finalement. Mais ce qui est plus positif encore, c’est que le bureau est situé au bout d’un corridor qui donne sur une porte, je suis dehors en moins d’une minute si je dévale les escaliers, quel sentiment de liberté ! Bien entendu, en tout changement, on gagne et on perd. Je gagne la liberté, quoique j’en avais pas mal. Je perds les pieds nus sur le tapis, car le nouveau bureau a un plancher de terrazo. Je perds les remarques des collègues à l’effet que je vais attraper des verrues plantaires en marchant pieds nus sur le tapis. Je perds la quarantaine de collègues, justement, nous ne serons que quatre, là-haut, dans la zone libre.
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