Une amie me demande pourquoi j’ai publié sur Facebook cette étrange photo sur laquelle je porte le foulard noué serré sous le menton. Une autre me dit que si le hasard m’amène à faire la connaissance de quelqu’un –dans le sens Homme cherche Femme–, et qu’il vient à l’idée de ce quelqu’un de chercher des infos sur moi sur Facebook comme tout le monde fait, il serait préférable que j’enlève la photo du foulard.
Ce que je n’ai pas mentionné, c’est que les quatre frères de mon rêve existent vraiment. J’ai été pendant deux ans la blonde du troisième, nous étions lui et moi dans la jeune vingtaine. J’étudiais la littérature à l’Université Laval. J’ai accepté de sortir avec lui, je l’avoue bien franchement, parce qu’il avait une auto. Il y a quand même quelque chose d’intéressant dans notre histoire : il est la première personne que j’ai connue à Québec, où je venais d’arriver pour y commencer mes études. Je l’ai croisé à bicyclette, sur les plaines d’Abraham. Il s’était mis à pleuvoir énormément. En le voyant s’approcher dans ma direction, pour détourner son regard de mon allure de chien mouillé, je lui ai dit, en souriant :
– Beau temps pour les canards.
Il ne s’en est jamais remis.
Dans la réalité des quatre frères vivants, cela se passe moins merveilleusement que dans mon rêve : le plus vieux est médecin, mais je n’ai pas tendance à penser que sa femme soit folle de lui; le deuxième est célibataire depuis toujours mais ce n’est pas par choix; le troisième que j’ai connu davantage, si on peut dire, n’est pas l’exemple type de l’homme qui gère bien sa vie ; quant au quatrième, à l’époque et à l’inverse, il vivait plutôt bien la plupart des aspects de son existence, dans une perspective cependant très matérialiste.
J’ai appris plus tard que le papa était décédé subitement en se rendant chercher un outils dans son garage. La maman a dû, elle aussi, à sa manière, honorer la disparition de son mari en assumant sa solitude.
Je constate que les choses qui m’intéressaient au début du projet des 2200 textes ne sont plus les choses que j’ai envie d’écrire. Comme le disait l’une de mes profs d’arts plastiques, l’artiste, comme d’ailleurs n’importe qui d’autre, essaie toujours de repousser les limites. Alors, maintenant que j’ai écrit sur les petites choses qui croisent mon chemin lorsque je me rends travailler, maintenant que j’ai écrit sur mon amour pour chouchou, sur mes mésaventures (quand une fenêtre me tombe sur la tête), je sens que je dois aller plus loin, ailleurs. On dira spontanément qu’il faudrait que j’écrive un roman. Ou un recueil de nouvelles. En direct, à chaud, sans retouches. C’est intéressant comme idée, mais d’une difficulté insurmontable.