J’ai déjà voulu écrire un texte de 100 pages qui aurait été un condensé des faits saillants de ma vie, le but de l’exercice étant de procéder sans apitoiement. Un peu à la manière objective des Nouveaux Romanciers ou encore de Peter Handke, je pense à son récit La femme gauchère. Je voulais écrire ce texte en me basant sur mes tenues vestimentaires. Par exemple, j’aurais abordé l’époque pendant laquelle je travaillais au restaurant Bernier, à Québec, en décrivant ma tenue de serveuse : une jupe de velours cordé de coupe portefeuille qui m’arrivait à mi-mollet et qui faisait floc-floc quand je marchais. Je passais ma journée à marcher, chaussée de mes Hush Puppies selon l’unique modèle lacé de l’époque, en suède avec semelle de gomme, sans oublier les bas de nylon parce qu’on était obligées d’en porter pour être couvertes par la CSST. Le tout, jupe et chaussures, de couleur marine. C’était vraiment laid.
Je pense qu’il aurait été facile de faire un parallèle entre l’allure de la tenue portée et le sentiment général qui habitait ma personne, pour chaque époque.
Ce week-end, nous avons célébré l’anniversaire du plus jeune de la famille, 47 ans. Le souper a eu lieu chez moi. Pour une fois, je n’ai pas pris ma douche en quatrième vitesse dans le dernier quart d’heure avant que la visite arrive. J’ai pris mon temps. J’ai voulu porter une petite robe noire, sport, de marque Columbia, que ma sœur m’a donnée, mais elle était trop grande et sentait trop l’encens. Je me suis tournée vers une jupe grise à dentelle, féminine, qui provient d’une amie, mais elle était au contraire trop petite. Alors, je me suis habillée en n’écoutant que mon inspiration : robe trop grande à imprimé de couleurs caramel, brun et noir, dont j’aime le décolleté à l’avant en V, et la ligne arrière qui descend assez bas dans le dos. Sous la robe, j’ai enfilé une jupe de lin de la même teinte caramel, trouvée dehors dans un gros sac de tissu destiné aux poubelles. La jupe créait un panneau supplémentaire qui arrivait juste à la bonne longueur au-dessus du genou. Pour agrémenter l’ensemble, mes chaussures à talons hauts en suède, plutôt conçues pour l’hiver. Question possible : quel était le sentiment général qui habitait ma personne lors de ce souper d’anniversaire ?
À l’occasion de la fête de Noël , j’ai porté une robe noire de modèle fuseau trop moulante à mon goût. J’ai voulu dissimuler la zone stratégique des fesses en portant une jupe par-dessus la robe, mais je me suis dit que pour une fois j’allais m’habiller plus conventionnel, donc je n’ai pas porté la jupe et j’ai surmonté ma gêne. Et bien mon père, le lendemain, m’a téléphoné pour me dire que j’étais très bien habillée !
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