Emmanuelle a passé trois semaines de vacances avec son papa, dont deux en voyage, en Gaspésie et à l’Isle-aux-Coudres. À chaque endroit où ils se sont arrêtés, elle a ramassé les plus beaux cailloux. Nous les avons exposés dans une grande assiette, dans la cuisine, à Montréal. Elle m’a raconté ses aventures, les endroits visités, les efforts qu’elle a fournis quand elle devait pédaler contre le vent au Parc Forillon, etc. Puis elle m’a parlé de ceci : dans une boutique qui s’appelle Quai des bulles, si je me rappelle bien, elle a découvert un baume à la cerise qu’elle a trouvé divin.
– Il ne coûte que 4,50 $, m’a-t-elle dit avec un air de petite fille.
Elle a découvert qu’une boutique de ce nom vend le baume en question sur la rue Beaubien. En écoutant son récit, j’ai eu le cœur brisé. Je me suis senti petite fille que rien ne peut consoler, pas même les bonbons que je pouvais m’acheter chez Monsieur Clément, rue St-Viateur, à Joliette, quand mon père me glissait un 10 ¢ dans la main, après le dîner, avant de retourner travailler. Le seul fait d’écrire ces lignes, en ce moment, me fait monter les larmes aux yeux, mais je me retiens car je suis au travail et aussi parce que je porte mes verres de contact et que je ne veux pas en perdre un. C’est incroyable à quel point certains sentiments m’habitent au plus profond et semblent s’être installés pour ne jamais s’en aller. L’image de mon père aimant, accroupi à ma hauteur pour me donner la pièce, ajoute à ma peine, je ne sais pas pourquoi, puisqu’il était aimant. En tout cas, je m’arrête là, les larmes me coulent sur les joues.
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