L’idée d’écrire quelque 2000 textes est d’installer un rythme qui permettra aux mots de s’écrire d’eux-mêmes. C’est comme lorsqu’on arrive en psychanalyse et qu’on n’a rien à dire, c’est toujours mieux que de défiler des choses auxquelles on a déjà pensé. Écrire, donc, pour laisser venir les mots. Pour me psychanalyser seule et sans frais. Les laisser me révéler des aspects de mon être et de ma vie qui m’échappent. Les laisser me surprendre. Cela n’arrive pas souvent, je passe mes journées à me réciter des phrases que je désire écrire. Mais hier, en écrivant que je ne prends pas la vie au sérieux, il y en a quatre qui sont venus tout seuls, ce sont mes doigts qui les ont tapés et pas ma tête : « Mais les amours, oui ». J’écrivais que je ne prends pas la vie au sérieux, mais j’aurais dû écrire que c’est moi que je ne prends pas au sérieux. La vie, oui.
Toujours est-il que lorsque j’allais voir la psychanalyste, le même phénomène se produisait, j’avais tant de choses à dire, accumulées depuis des années, que je ne faisais qu’évacuer du trop plein, du déjà dit, pendant les séances. La dame finissait par m’annoncer, d’une fois à l’autre :
– Ce sera tout pour aujourd’hui, Mme Longpré.
Je ne la croyais pas, j’avais l’impression que je venais d’arriver, de m’étendre, et je ne voulais plus me relever. Il fallait qu’elle vienne me tirer par le bras pour me sortir de son cabinet et, mal à l’aise, ne sachant trop comment s’y prendre, elle balbutiait :
– Mais voyons, soyez raisonnable !
En tout cas, j’ai le temps quand même de laisser s’installer le rythme, 2000 textes ce n’est pas rien. Cela me fait penser à Jean-Louis Trintignant qui traverse la France pour aller rejoindre Anouk Aimée à Deauville et qui se demande, en conduisant, ce qu’il lui dira en arrivant. Il s’essaie à quelques phrases qui ne le convainquent pas, et il finit par se dire :
– Heureusement, j’ai quelques kilomètres pour y penser.