
Je me demande pourquoi j’ai si tant besoin de créer, d’inventer, de partir à la découverte de la nouveauté par l’intermédiaire de la peinture ou de l’écriture. Dès que je ne suis pas à la recherche de quelque chose par le biais de ces deux formes d’expression, je m’ennuie, je me sens habitée par une vacuité qui me rend presque misérable. Si j’étais titulaire d’un talent pictural hors du commun, je comprendrais ce besoin de m’exprimer coûte que coûte, mais ce n’est pas le cas. Je suis confrontée à mes limitations dès lors que je tente de m’éloigner de mes sentiers battus. Ainsi, j’ai dû me contenter d’un œil-poisson très sommaire, en jaune dans la partie rose, à défaut de pouvoir reproduire un œil un tant soit peu réaliste. Il m’a fallu montrer hier à Emmanuelle où se situe la bouche (ouverte, comme si la dame s’exclamait), en forme de demi-cercle rouge, un peu plus bas que l’œil-poisson, et préciser enfin que les trois lignes décoratrices, encore plus bas, représentent un collier autour du cou. Le chemisier que porte la dame est, lui, confectionné dans un tissu à imprimé de pastilles rouges et dorées.
J’ai profité de ma pneumonie pour peindre six toiles de grand format pendant le mois de janvier. Celle ci-dessus, intitulée La dame en rose, fait 53 po X 30 po. La léchée un peu tortueuse qui se lit à la verticale, contenue par des lignes de couleur sable, provient d’une ancienne toile peinte dans les années 2010. Comme elle m’inspirait un ennui mortel, elle décorait le mur d’une chambre dans laquelle je ne vais jamais.
Un point positif mérite de clore ce texte : j’aime les six toiles que j’ai produites coup sur coup. Je les trouve vivantes, vibrantes, et certaines, même, sont joyeuses. Ce doit être parce qu’elles ont été conçues au son des dialogues et de la musique des films de Lelouch.