
Je suis seule à la maison à l’approche du week-end des Patriotes, ou de la reine Victoria, ou de Adam Dollard des Ormeaux. Cela m’arrive rarement d’y être seule, et quand ça m’arrive je ne désire qu’une chose, ne rien faire. Or, c’est paradoxalement lorsque je suis seule qu’il me prend l’envie d’écrire un texte, sans forcément, bien sûr, savoir ce que je vais écrire.
En prime, la chatte est dehors en ce moment, assise sur le bord de la fenêtre de mon bureau. Elle m’observe et se demande quand est-ce que je vais la faire rentrer. Quand elle est à l’intérieur, elle s’empresse de sauter sur ma table de travail en ronronnant et de se ménager une place entre mes mains et mon clavier, comme s’il y en avait une. Cette possibilité d’écrire en ayant la paix retarde donc mon projet de circuler dans la maison en ne faisant rien d’autre qu’observer la nature dehors et mes plantes dans la véranda.
Qu’il soit dit en passant que Mia ne semble pas mourante, bien qu’elle mange très peu. La belle saison étant de retour, elle a repris ses habitudes de demander la porte pour aller se distraire pas très loin, sous la galerie, couchée dans le paillis. Elle ne gère plus tellement bien l’utilisation de sa litière. Cela incite les proches à m’informer que ses jours sont pas mal comptés. Nous nous contentons, pour l’instant, Denauzier et moi, de mettre un tapis de caoutchouc sous la maisonnette qui contient sa litière. Quand il est aspergé de pipi, nous le sortons pour en mettre un autre, car nous en avons quelques-uns pour assurer une alternance.
Donc je suis seule, chatonne est veillissante, et j’aspire à savourer ma solitude alors que dès ce soir je serai en compagnie de ma fille et de son compagnon, à Montréal. Entre maintenant, écrivant ces lignes, et ce soir soupant avec eux, je dois décider quels vêtements je désire porter pour assister à des funérailles demain. Je pense à une robe noire qui m’a été donnée, mais je n’ai qu’une paire de chaussures noires, de style loafer, à lui associer. Je les porte en ce moment pour les assouplir, dans la mesure où je viens de les acheter, n’en pouvant plus de ne porter que des chaussures de course, mes Asics au gel-nimbus. C’est plus facile en hiver d’assister à un événement qui requiert une tenue un peu chic, j’enfile mes bottes en misant sur le fait que je ne serai pas susceptible de beaucoup marcher.
Je pourrais profiter de ma solitude pour sortir les vêtements d’été qui ont passé l’hiver dans le coffre de cèdre. Je tomberais peut-être sur un vêtement passe-partout que mes chaussures, des Michael Kors car je n’ai pas lésiné, pourraient mieux « accessoiriser ». Le projet du coffre du cèdre entre cependant en conflit avec celui de ne rien faire.
Samedi dernier, j’ai offert à une amie un bouquet pour la fête des Mères. Quand on veut offrir un bouquet, il faut au préalable le choisir parmi les nombreux qui sont déjà préparés.
– Je suis incapable de choisir, en vieillissant, ai-je dit au vendeur. Pouvez-vous choisir pour moi ?
L’homme a pointé du doigt celui qu’il trouvait le plus beau, a-t-il dit.
– Qu’en penses-tu ? ai-je demandé à mon mari.
– « Que du bien », a-t-il répondu, en empruntant une formule que je sers à toutes les sauces.
Nous avons donc offert à notre amie un bouquet choisi par le vendeur. Comme aucun vendeur ne peut décider pour moi, en ce moment, ni mon mari, quant à ce que je veux faire après avoir publié ce texte, je m’arrête là !