La renouée du Japon. J’aime le nom. Il m’est revenu, je dirais miraculeusement, alors que j’observais ses pousses flétries par l’hiver, autour du poteau électrique où je l’ai mise en terre il y a deux ans. Les pousses proviennent de Bibi. Une haie de renouée a élu domicile entre sa maison et celle du voisin. Au fil des années, la haie a beaucoup profité, allant jusqu’à effriter les fondations de la maison du voisin. Ce dernier a demandé à ce que soit retirée la belle renouée. Des efforts ont été faits en ce sens, au moyen d’une pelle mécanique, qui se sont avérés vains puisque la renouée est une plante invincible. Pourquoi l’ai-je plantée sur mon terrain, sachant qu’elle est à craindre ? Parce qu’il va de soi, à mon esprit, que ce que je plante, peu importe l’espèce, ne poussera jamais !
Pour le bougainvillier, ce ne fut pas aussi facile. Je le garde au frais dans la maison pendant l’hiver, et le laisse dehors l’été quand la chaleur s’installe. J’étais en compagnie d’une personne qui s’intéresse aux plantes, qui vient rarement chez moi, alors d’une chose à l’autre nous avons fait le tour de ma collection. Ayant atteint le bougainvillier, il m’a été impossible d’en retrouver le nom. J’ai fait mon laïus explicatif quant à cet arbuste, malgré tout, et encore quant au dragonnier qui se trouve non loin, et au géranium odoriférant. Une fois seule, j’ai eu recours à mon téléphone, sur lequel est installée l’application PlantNet, afin de solutionner mon obsédant problème d’amnésie.
Cet événement m’a amenée à considérer que je fais bel et bien partie, je ne saurais dire depuis combien de temps, de la « vieille garde ». Un individu anglophone, me voyant, sera-t-il enclin à penser que je suis une old-timer ?
Le Tome IV est chez l’imprimeur. Je vais le recevoir prochainement, en cinquante exemplaires. Je ne saurai pas quoi faire avec car je suis très peu douée pour la vente. Je compte peut-être huit lecteurs assidus qui m’ont dit vouloir acheter toute ma série de dix tomes, si je me rends à la fin de l’exercice. Mon collaborateur à la mise en pages me propose des corrections et m’aide à atténuer mes tics d’écriture, tels des phrases trop longues, des insertions de détails inutiles, des répétitions, etc. Parfois, ses propositions me conviennent, je les accepte. D’autres fois, ses propositions me heurtent car elles éliminent un effet de style qui témoigne, à mon sens, de mon hypersensibilité. Je fais alors une femme de moi, une femme de la vieille garde, et je refuse sa proposition comme si de rien n’était.
On pourra dire d’une personne qui se remet d’une dépression, qu’elle renoue avec elle-même.
La renouée, l’amnésie et l’hypersensibilité
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