Jour 1 129

Restaurant Benny du carrefour giratoire. Samedi onze heures. Je sors de ma voiture et me rends saluer les nouveaux amis qui sortent de leur voiture aussi. Nous sommes dans le stationnement. Une dame s’approche et se dirige vers moi.
– Tu es Lynda Longpré, me dit-elle en me tendant la main.
Je suis incapable de la reconnaître et je m’apprête à lui demander pardon quand elle se tourne vers les autres amis pour les saluer tous. Nous échangeons quelques mots, les cinq ou six que nous sommes, en nous rendant à l’intérieur du restaurant où nous attendait une longue table rectangulaire dans ce que l’on pourrait appeler un salon privé.
Je me suis assise en face de notre chef d’équipe. Il portait un tee-shirt blanc décolleté en V sous un tricot gris et noir. Je portais un tee-shirt blanc à col rond sous un tricot à rayures noires et blanches. Autrement dit, les deux tee-shirt blancs, dont on ne voyait que les encolures, étaient assis l’un en face de l’autre.
– Est-ce qu’on porte des médaillons où seront imprimés nos noms ?, a demandé quelqu’un au bout d’un moment. C’est utile quand on ne reconnaît pas la personne.
La personne justement qui faisait cette proposition était celle que je n’avais pas reconnue moi-même dans le stationnement. J’ai ouvert la bouche, empressée de répondre que c’était une excellente idée, mais quelqu’un a ouvert la bouche juste un peu avant moi pour répondre que ça enlevait l’effet de surprise et le plaisir de se retrouver. Peu importe, disait cette personne, qu’on se reconnaisse ou pas.
– D’ailleurs, ça initie la conversation de se demander qui on est, ajoutait une troisième bouche en faveur d’une participation à l’aveugle sans les médaillons.
Je me suis dit qu’effectivement je n’avais pas à me sentir mal à l’aise de ce qui venait de m’arriver dans le stationnement, d’autant que la personne que je n’ai pas reconnue m’est apparue plus belle et plus en forme que le souvenir que j’avais conservé d’elle il y a quarante ans. Donc, et à l’unanimité, pas de médaillon.
Quand notre discussion pour l’organisation du conventum s’est terminée, au terme je dirais de deux heures deux heures et demie, je me suis levée pour aller saluer les amis éloignés à l’autre bout de la table auxquels je n’avais pas eu l’occasion de parler. Je n’étais pas assise auprès d’eux que celui immédiatement à ma droite, un p’tit vite !, a eu l’idée de profiter de la chaise que je venais de laisser vide. Il nous faudra donc attendre le conventum pour pouvoir nous parler davantage, lui et moi. J’ai conversé quelques minutes avec ces nouveaux amis du bout de la table, mais guère plus car les gens commençaient à se lever et à ramasser leurs affaires.
Fidèle à la personne que je peux être parfois, je suis sortie la dernière de notre salon privé, avec un autre nouvel ami. En mettant le pied dehors, j’ai eu besoin de quelques secondes pour me situer. Il y a deux portes de sortie, et, bien que situées l’une à côté de l’autre, c’est suffisant pour me désorienter. Un peu éblouie par la lumière du jour, j’ai fini par me rendre compte qu’il ne restait que deux véhicules dans le stationnement, le mien et celui de l’ami qui sortait en même temps que moi et avec lequel je conversais. Nos deux véhicules étaient côte à côte, à savoir ma petite Soniquette et un beau camion d’un noir bleuté. Un camion, en fait, identique à celui de mon mari !

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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