Jour 1 238

Je me demandais quoi faire avec mon tronc et ses moignons.

Je me demandais quoi faire avec mon tronc et ses moignons.

Pour accomplir le nettoyage des casiers, sœur Muguette, notre titulaire, nous avait fait porter nos tabliers réservés normalement aux arts plastiques. Les cours d’arts plastiques nous étaient donnés par une sœur Thérèse, menue, qui ne parlait pas fort et qui portait, elle, son tablier à longueur d’année. Presque à chaque fois que j’avais cours avec elle, je me demandais si elle se teignait les cheveux parce qu’elle n’en avait pas de gris ou de blanc. Elle n’était pas expansive et pouvait à l’occasion nous parler sèchement. J’aimais les arts plastiques, mais à chaque cours, une ou deux fois par semaine, j’avais peur de ne pas être capable de réaliser ce qui nous serait demandé. De la même manière, selon l’équation inverse, j’avais peur de ne pas être capable de réaliser ce qui nous serait demandé aux cours de gymnastique, que je détestais. Je ne me rendais pas compte qu’il était attendu des élèves qu’on se laisse aller, qu’on s’exprime, qu’on invente. Le thème du cours, cette fois-là, était celui de l’arbre. Il fallait, tout simplement, sur un papier grand format, avec des crayons de couleur de bois, dessiner un arbre. Après avoir tracé le tronc et quelques moignons de branches d’à peine un centimètre sur le papier, je n’avais plus su quoi faire. J’étais allée demander à sœur Thérèse comment poursuivre mon dessin. Elle m’avait regardée comme si j’étais retardée et s’était exclamée de continuer.
– Comment ?, avais-je répété.
– Bien, en dessinant les branches !
Voyant que je ne retirerais rien d’autre de sa bouche, j’étais retournée à ma place, pas plus avancée. J’étais complètement bloquée. C’est en jetant un coup d’œil sur les dessins des autres que j’avais compris qu’il suffisait de garnir l’espace au-dessus du tronc avec des lignes qui se croisent et s’entrecroisent. D’ajouter, selon la saison, des feuilles ou pas de feuilles mais alors de la neige. D’ajouter un arrière-plan, ne serait-ce qu’une ligne d’horizon. Sur les dessins des autres, je découvrais en prime qu’on pouvait en profiter pour introduire des nuances de couleurs, des reflets, de la lumière, et même des maisons ! Je n’avais pas réussi à comprendre ça. J’avais tracé le tronc avec le sentiment d’obéir à la consigne qui m’était imposée et dès qu’était arrivé le moment d’interpréter, de me laisser aller, rien n’avait voulu sortir de ma coquille. Fallait-il que je sois coincée.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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