Jour 1 271

Burrard St., Vancouver, les décorations de Noël de l'hôpital St-Paul se reflètent dans le mur à miroirs de l'édifice en face.

Burrard Blvd., Vancouver, les décorations de Noël de l’hôpital St-Paul se reflètent dans le mur à miroirs de l’édifice en face.

Je rêvais ce matin, pendant que Denauzier allait et venait au rez-de-chaussée, s’adonnant à sa routine matinale, que je me réveillais d’avoir dormi dehors, dans l’allée asphaltée de la maison, peut-être la maison que j’ai habitée quand j’étais adolescente, entre mes 10 et 17 ans à St-Alphonse-Rodriguez. Je regardais mon lit, qui était constitué d’une couche de neige bien délimitée, de forme rectangulaire. Je me demandais comment je pouvais avoir si bien dormi sur de la neige, sans avoir froid et sans avoir mal partout. Je me demandais, cela me ressemble tellement, comment il se faisait que j’avais dormi dehors, qui avait eu cette idée, qui avait si minutieusement fait le lit, qui était dans la maison, quelle était cette maison, qu’est-ce qui m’attendait si j’y entrais, qui m’avait mise au lit dans la mesure où je ne me rappelais pas m’y être glissée, etc. Je m’étonnais, aussi, de ne pas trouver de couverture sur le matelas de neige. Pendant que toutes ces questions se bousculaient à mon esprit, je voyais au loin, dans une tempête de neige qui commençait à l’instant même, deux jeunes hommes se diriger vers moi, cinq cents mètres peut-être nous séparaient encore. Je ne pouvais évidemment les reconnaître à leurs traits, et pas non plus à leur démarche à cause de la poudrerie, et encore moins à leur tenue car ils étaient vêtus, comme à peu près tout le monde en hiver, de parkas gris ou noir. Je savais que je n’avais pas à craindre ces hommes, mais une pulsion m’incitait malgré tout à entrer dans la maison et même à en verrouiller la porte. C’est étrange, j’ai pensé à mon réveil que ces deux hommes, que je voyais arriver d’un bon œil au fond de moi, mais que j’ai préféré craindre sur le coup, j’ai pensé que ces deux jeunes hommes représentaient la mort qui venait me visiter, comme en une manière de m’annoncer qu’elle approchait et qu’il n’y avait pas lieu d’avoir peur. En quelque sorte, je choisissais d’avoir peur dans mon rêve, pour céder ensuite la place, l’étape incontournable de la peur étant passée, à l’acceptation. Mince alors. Je n’ai que 56 ans, je ne suis mariée que depuis sept mois et je n’ai pas vraiment savouré la liberté de ma retraite récente. Il faut dire que je me sens tellement fatiguée que je me déclare plus souvent qu’autrement à moitié morte. Il faut dire aussi que récemment j’ai appris la mort de quelqu’un, à un jeune soixante-trois ans, et cela m’a troublée car cette personne a en quelque sorte représenté sa mort sur Facebook. Malgré tout, que la mort soit ou non associée à ces deux hommes, j’aimais l’image qu’ils formaient dans la tempête. Ils se tenaient par le bras ou par la main, si je me rappelle  bien. Je trouvais belle la route qui longeait le champ dans lequel ils marchaient. Je les recevais dans mon champ de vision comme une bouffée de fraîcheur, comme les messagers d’une vie nouvelle, d’une vie riche.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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