C’est incroyable à quel point je plonge dans mon passé avec la venue au monde d’Adela. Nous étions tout à l’heure dans un magasin Canadian Tire, à Rouyn cette fois et non à Val-d’Or. Je me suis perdue un peu dans l’allée des couverts pendant que Denauzier, son fils et sa belle-fille se rendaient acheter des décorations de Noël. Avant ma vie avec Jacques-Yvan, avant mes 32 ans, j’appelais ustensiles ce qu’il convient semble-t-il d’appeler couverts. Donc, à l’allée des couverts, j’ai constaté qu’il y avait un vaste choix. Lorsque, avec Jacques-Yvan, nous étions allés acheter des couverts pour notre vie commune, nous nous étions rendus à un magasin de la Plaza Côte-des-Neiges. La sœur de Jacques-Yvan avait acheté ses propres couverts à cet endroit, pour le début de sa vie commune à elle avec celui qui allait être son mari, trente ans auparavant. Or la sœur était depuis décédée et le magasin avait perdu de son prestige puisqu’il était sur le point de faire faillite. Il n’y avait zéro choix. Au lieu de suggérer à Jacques-Yvan d’aller magasiner ailleurs, je m’étais sentie obligée de régler la question le soir même. Nous avions donc acheté un ensemble de huit couverts que je n’ai jamais aimé. À la sortie du magasin, Jacques-Yvan m’avait fait remarquer qu’il se serait attendu à ce que je lui saute au cou de bonheur. Je ne vois pas comment j’aurais pu faire ça, j’étais presque effondrée par l’ampleur du défi que représentait pour moi la vie en famille recomposée, Jacques-Yvan ayant deux fils d’un premier mariage qui n’avaient alors que six et dix ans. Je tourne la tête à gauche, à droite, dans le Canadian Tire de Rouyn. Il y a plein de couverts qui feraient mon affaire, qui auraient fait mon affaire autrefois. Il y a de la vaisselle, aussi, colorée, joyeuse. Un constat s’impose : ni Jacques-Yvan ni moi n’étions férus en matière de consommation d’articles de maison, c’est le moins qu’on puisse dire.
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