Il s’est produit un petit quelque chose d’intéressant lorsque je suis allée à Montréal la semaine dernière. En sortant de mon véhicule pour aller à la Banque de Montréal sur la rue Queen-Mary, j’ai vu se diriger vers moi, ne me voyant pas, ma psychologue Mélina. Je me suis dépêchée pour ne pas la rater. Quand je suis arrivée à sa hauteur, elle m’a regardée et, les premières secondes, je pense qu’elle ne m’a pas reconnue. Il faut dire que je ne l’ai pas aidée, ne disant rien, me contentant de lui offrir mon plus grand sourire. Ne sachant que faire, elle m’a dit son nom, Mélina Degranger, peut-être à deux doigts d’ajouter : Que puis-je faire pour vous ? Je dirais que c’est à ce moment-là qu’elle m’a reconnue, sans pouvoir pour autant me nommer. Elle s’est exclamée :
– Comment allez-vous ?
J’avais à peine ouvert la bouche pour répondre à sa question que je me sentais comme en consultation dans son cabinet, sur le point de lui résumer mes dernières aventures. Alors en articulant très vite, car j’avais honte de solliciter son expertise sur le trottoir, je lui ai dit, moi qui parle d’ordinaire si lentement, que ça allait quand même pas si pire.
– Et votre fille ?, a-t-elle demandé.
– Pas si pire non plus. Elle cherche sa voie, ai-je précisé, elle doit déposer une demande d’admission à l’université avant mars prochain. Elle ne sait pas encore dans quel programme. C’est intéressant, de chercher sa voie, ai-je ajouté, me rappelant que c’est ce que je fais au fil de mes textes sur mon blogue depuis plus de quatre ans, mais ce n’est pas reposant. Je dirais donc qu’elle est fatiguée… Vous allez bien ?, ai-je ajouté, toujours de mon plus vite.
Après les échanges d’usage nous nous sommes quittées. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de mon projet Vêtements qui ont jalonné ma vie, car à deux reprises, lorsque j’ai rencontré Mélina l’hiver dernier, elle m’a dit avoir exactement le même foulard et la même robe-chandail que ceux que je portais ces deux fois-là. Cela ne m’a pas plu. Je préfère les professionnels qui s’entourent d’une aura de mystère ou d’autorité et qui n’installent aucune familiarité. Mais j’aime Mélina, alors j’ai fait comme si la possession de vêtements identiques ne me dérangeait pas. Il faut que je sois capable, par ailleurs, de voir les choses sous l’angle de Mélina : si elle prend plaisir à me dire qu’elle a un foulard identique au mien et de même une robe-chandail, c’est qu’elle me considère comme étant une référence intéressante sur le plan peut-être de mon humanité, ou à tout le moins sur le plan de mes goûts vestimentaires. N’avoir pas été inspirée, ne serait-ce que minimalement, par la personne que je suis, elle se serait contentée de déplorer, intérieurement, avoir le même foulard et la même robe que moi ! Notre foulard commun est du même imprimé que celui de la photo ci-dessus, mais il est de forme carrée et non assorti du voile gris. Je suis certaine d’avoir déjà écrit que je l’ai acheté 1$ au Village des valeurs du boulevard Pie-IX, lui sauvant ainsi la vie car quelqu’un s’apprêtait à marcher dessus avec ses grosses bottes d’hiver. Notre robe-chandail grise agrémentée de trois boutons près de l’encolure est d’un confort total à cause du tissu souple, peut-être de la viscose. En ce qui me concerne, ce vêtement ne me fait pas tellement bien, alors je l’enfile par-dessus une robe noire plus longue, quoique portée au-dessus du genou, pour simplement créer une couche supplémentaire, moi qui aime, je ne sais pas pour Mélina, m’habiller en cumulant les strates !
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