Vêtue de mon parka de duvet MEC, de mon chapeau aviateur à fourrure de lapin et de mes mitaines de marque Auclair, j’ai assez longuement marché ce matin avec Denauzier sur la terre derrière la maison. Marcher sur la terre, ça veut dire dans la forêt, sur un terrain rocheux pas mal accidenté. J’avais chaussé mes bottes Merrell –achetées à Parry Sound, j’y reviendrai– pour plus de sécurité. Sitôt avalé le petit déjeuner, nous sommes allés dehors profiter du soleil. Je me sentais frileuse, alors j’y suis allée pour mes pantalons de nylon dont la couche intérieure est un épais coton ouaté bleu ciel. Le nylon est de couleur marine. La taille est élastique et s’ajuste à l’aide de lacets. Le pantalon a au moins dix ans puisque je l’ai acheté au temps de ma vie commune avec Jacques-Yvan, alors que chouchou avait sept ou huit ans. Elle en a maintenant dix-neuf. Nous passions à l’époque nos week-ends à la Pointe-aux-Anglais, au Lac des Deux-Montagnes. Par un dimanche tristounet de novembre, Emmanuelle et moi nous étions rendues dans le magasin grande surface le plus proche, à St-Eustache, au rayon des enfants, à la recherche de vêtements d’hiver. Je la laissais fouiner pour qu’elle découvre des choses à son goût, pendant que je fouinais pour lui proposer, éventuellement, d’autres choses à mon goût. Au bout d’un moment, je me suis désintéressée du projet de lui trouver des choses à mon ou à son goût car je suis tombée sur ce pantalon qui, à l’œil, devait me faire. Plutôt que d’aller dans la salle d’essayage, je l’ai essayé sur place, cachée derrière les présentoirs surchargés de vêtements. Je me suis dépêchée pour qu’Emma ne me voie pas faire. Elle fait la même chose maintenant, mais à l’époque elle n’aimait pas me voir enfiler, puis désenfiler des vêtements alors que des gens auraient pu arriver. Le pantalon m’allait parfaitement. Les vêtements pour enfants ont l’avantage de coûter moins cher que les vêtements pour adultes. Admettons qu’il ait coûté 30$. Je le porte depuis au moins dix ans. Cela revient à 3$ par hiver. C’est pas mal moins cher que ma jupe à 150$ même si, elle aussi, je l’ai bien portée une dizaine d’années. De retour à la Pointe-aux-Anglais, Emma et moi avons montré notre récolte à Jacques-Yvan –et à mon oncle qui était sur place pour aider à de petits travaux. Je me suis empressée d’essayer correctement mes pantalons, sans d’autres pantalons en-dessous, et je n’ai plus eu envie de les enlever. Parce qu’ils sont en nylon, ils font un bruit de frottement, comme un souich souich, dès que je marche ou que je bouge. Ce n’est que bien des années plus tard, et par hasard, que j’ai appris que ce bruit énervait Jacques-Yvan.
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