Jour 1 307

Les deux font la paire

La paire achetée en 1972. Je les trouve très belles aujourd’hui et j’en porterais volontiers savoir qu’elles atténueraient les douleurs de ma fasciite plantaire !

À y regarder de plus près, je pense que les chaussures que je me suis achetées en 1972 à treize ans au centre-ville de Joliette étaient celles en photo ci-contre, avec une semelle bleue, justement. La bande grise de suédine à l’avant me dit quelque chose. L’imprimé sur la languette de la chaussure, cependant, ne me dit rien. Mes recherches sur Wiki m’apprennent que le visage qui s’y trouve est celui du champion roumain de tennis Ilie Năstase. Une chose est sûre, quand j’ai acheté les chaussures, je ne savais pas qui était Năstase. Quand je pense à l’adolescente qui allait courir le midi, et qui, plus tard, se mit à pratiquer la guitare, s’évitant ainsi d’avoir à parler avec d’autres adolescents, je pense à une personne extraterrestre qui ne savait pas si elle était au monde. Aujourd’hui, quarante-trois ans plus tard, je me demande si j’étais moins au monde qu’une autre adolescente. Je ne devrais pas me le demander puisque je connais la réponse : j’étais moins au monde qu’une autre adolescente. J’apportais tous les soirs dans mon sac d’écolière en cuir, des fois qu’il me viendrait l’envie d’étudier à la maison, mes gros livres de sciences, épais à couverture rigide, donc plutôt lourds : maths, bio, physique, chimie. Au bout d’un moment, la guitare a pris le dessus sur l’entraînement au cross-country. Alors le soir, à 18 heures, je traînais d’une main le sac d’écolière et de l’autre main ma guitare dans son étui noir pour me rendre, en marchant lentement, attendre mon père qui passait me prendre en voiture en face du Séminaire. En fait, c’est toujours lui qui m’attendait, avec dans la voiture ses trois autres enfants. Je déposais mes affaires dans le coffre, puis je m’installais sur la banquette arrière avec mes deux frères. Ma sœur, l’aînée, s’assoyait sur la banquette avant. Mon père, quatre fois sur cinq, me disait que le souper allait être froid, ou sec, ou froid et sec. Il m’a fait cette remarque cent fois plutôt qu’une, jusqu’à ce que, n’en pouvant plus, il me demande de quitter la maison. Un soir que j’étais dans ma chambre, à l’étage, il est monté. Il s’est assis sur la chaise décorative en rotin qui craquait quand on s’assoyait dessus, et sans que je m’y attende le moindrement, il m’a dit qu’il était temps que j’aille vivre ailleurs.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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