Nous partons dans quelque deux heures pour Val-d’Or, Denauzier et moi. Nous dormons là-bas, et demain matin je me rends, seule, chez mon amie Thrissa dans les environs de Parry Sound. J’en aurai pour six heures de route, plus six heures aujourd’hui, donc douze heures au total, une demi-journée. J’apporte des pommes, nous aurons amplement le temps de les manger en cours de route. Denauzier, pendant mon séjour ontarien, sera avec des amis à la chasse à l’orignal. Nous revenons le 15 octobre. J’ai décidé de partir avec mon ordinateur parce que je suis trop en retard dans le décompte de mes textes bloguéens, je vais donc tenter d’écrire un texte par jour. Je dois quitter mon chien sur cou de girafe, cela me chagrine un peu. Je vais ranger mes petits pots de couleurs dans le frigo du garage, avec les cannettes de bière et les bouteilles d’eau, et je vais m’empresser de les ressortir dès notre retour. Je viens d’appliquer du rouge cramoisi en utilisant l’arête de ma spatule pour représenter des tiges de fleur, et je pense avoir le temps de faire des pétales jaunes quand les tiges auront séché.
– Qu’est-ce que tu t’en vas faire ?, m’a demandé Denauzier alors que ma dernière cuillerée de gruau n’était pas encore avalée.
– Les tiges, ai-je répondu.
– OK, je me demandais où tu t’en allais, a répondu mon mari.
Il ne se rend peut-être pas compte qu’il est en train de s’habituer à vivre avec une énergumène qui peint des tiges au lieu de faire ses bagages.
Pour rappel de mémoire, le chien sur cou de girafe a eu une vie antérieure, dans laquelle il était prisonnier d’un grillage de poule, comme on le voit ci-contre. À cette époque, je ne savais pas que mon tableau était porteur d’un si beau chien. Le tableau représentait plutôt un personnage sommairement dessiné, comme en attestent la paire d’yeux, la ligne du nez et la bouche, dans la partie blanchâtre, en haut, à gauche. Le grillage de poule, et les bouts de tissu entortillés sur le grillage, reposent maintenant dans une des poubelles du garage. Ce tableau a longtemps tenu compagnie à Emma, dans sa chambre, sur un mur. Ma fille a beau ne pas être regardante quant à la beauté des œuvres d’art qui parsèment sa vie, elle a quand même fini par me demander de l’enlever pour le mettre ailleurs. Il s’est retrouvé dans mon nouvel atelier, ici à St-Jean-de-Matha, déposé à l’envers, et c’est ainsi qu’un bon matin, regardant cette horreur et me demandant quoi faire avec, j’y ai vu ledit chien sur cou girafien.
– Que fais-tu ?, est venu me demandé à l’instant Denauzier, un peu nerveux car le temps passe.
– Je termine le texte de mon blogue, ai-je répondu, en appuyant sur le bouton Publier parce qu’il est vrai, quand même, que je dois m’occuper de mes bagages.

