Jour 1 322

À 56 ans, je mange encore un peu à la manière des adolescentes anorexiques. Voici comment je m’y prends. Je commence ma journée par un café noir sur un estomac vide. Depuis que j’ai entendu dire qu’il est néfaste de boire du café noir sur un estomac vide, j’essaie de boire d’abord une gorgée d’eau. C’est ce que j’ai fait ce matin. Or, la gorgée d’eau tiède m’a donné mal au ventre. C’est un mal de ventre dont j’ai souvent souffert à l’adolescence, qui s’est résorbé pendant ma vie adulte, et qui se manifeste à nouveau ces dernières années. Demain matin, je vais revenir à ma méthode du café directement sur un estomac vide. Je passe ensuite un moment sans manger. Je peins. Ce matin je peignais mon chien, un grand format de 109 cm carrés sur bois. Je couvre la surface avec des lignes fines, encore une fois je ne suis pas dans le geste ample mais dans la microscopie. Au bout de plusieurs lignes fines, je me rends dans la cuisine et je mange des céréales de son entier, avec du lait. Je trouve que je m’en suis versé une trop grande quantité. J’hésite. Je finis ou je jette les dernières cuillerées ? Immanquablement, je choisis de les avaler. Je retourne à la peinture. Quand arrive l’heure de dîner, je mise sur ce qu’il y a, dans le maison, de plus léger. Ce midi, sans surprise parce que j’y reviens souvent, c’était de la truite pochée. J’ai compté les bouchées, en partie parce qu’il me fallait en laisser à Denauzier. Tout à l’heure, vers 16h, j’ai mangé deux pommes. Puis, dans deux ou trois heures nous allons souper. Au menu : du poulet BBQ préparé par Denauzier. Je vais manger sur le frein, comme lorsque je peins sur le frein, non dans l’enthousiasme et dans l’élan, mais en calculant chichement mes quantités. Sauf que, certains jours, il arrive ceci : je me rends chez une amie, et en montant les escaliers qui mènent chez elle, je me sens faible. Je ne suis pas entrée que je lui demande, la main dans le bol de chips déposé sur la table, si elle a quelque chose à manger. Justement, elle nous a préparé de la guacamole accompagnée de petites branches de chou-fleur cru. Je dois me retenir pour lui en laisser. Pour se moquer de moi, quelques jours plus tard, nous sommes en compagnie de ma sœur et mon amie lui demande si elle a déjà remarqué de quelle manière je mange les chips (et la guacamole). Ma sœur n’a pas remarqué. Alors, en ouvrant sa bouche le plus possible, mon amie essaie d’y mettre son poing. Elle exagère, pour nous faire rire, mais elle n’exagère pas tant que ça. Je suis, je me répète, une bien piètre anorexique.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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