Jour 1 340

Laura San Giacomo, la cadette tellement délurée qu'elle en est antipathique

Laura San Giacomo, la cadette tellement délurée qu’elle en est antipathique

Quand on se penche pour regarder les bornes d’aqueduc et que papa m’explique approximativement leur processus de fabrication, je prends plaisir à me pencher et à écouter parce que ce faisant je n’agis pas comme ma sœur. Elle n’a pas la patience, il me semble, de discuter conduites d’eau au-delà de trois secondes et quart. Pour être certaine de me différencier d’elle, je pose des questions, toutes plus ingénues les unes que les autres. Est-ce que Mueller était le nom d’un individu ou d’une entreprise, où habitait le pseudo Castonguay, sa femme travaillait-elle avec lui, etc. Plus je suis attentive aux propos de papa, plus il me semble que mon attitude naïve me distingue de Bibi. Il est possible, bien sûr, que j’aie tout faux et que Bibi soit, marchant sur les trottoirs avec papa, aussi attentive et réceptive que moi. Il n’en demeure pas moins que je suis encore habitée, à 56 ans, par le désir, certes moins fort qu’autrefois, de ne pas ressembler à mon aînée. C’est un peu dans l’espoir de ne plus lui ressembler que je suis allée vivre trois ans en France, misant sur la distance pour me délester de son influence et du sentiment trop prégnant de lui être copie conforme. Bien entendu, à mon retour, j’ai mesuré à quel point mon entreprise avait été vaine. Nous avons la même voix, la même gestuelle, la même diction à la française qui nous fait la bouche en cul de poule, les mêmes exclamations, les mêmes intonations, les mêmes rires aigus sous l’effet de la surprise, le même froncement de la lèvre supérieure à la prononciation de certains sons, etc. Je me rappelle avoir trouvé délicieux le film Sex, Lies and Videotapes (1989) parce que le personnage principal, interprété par Andie Mac Dowell, dit à son amoureux –qui n’est pas encore son amoureux à cette étape du déroulement de l’histoire–, qu’elle ne fait pas telle chose, je ne me rappelle plus laquelle, parce que sa sœur la fait. Dans le film, la relation est inversée en ce sens que c’est l’aînée qui veut se dissocier de sa cadette, très délurée. Tout cela pour en venir à ceci : à certains égards, Bibi et moi allons toujours nous ressembler, pendant qu’à d’autres égards nous sommes fondamentalement différentes. Il me semble. Je pense. Tout étant relatif. Je vais y réfléchir…

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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1 Response to Jour 1 340

  1. Avatar de Frédéric Frédéric dit :

    Ne me dis pas que Bibi éternue de la même manière que toi, je ne te croirais pas!

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