
Avant les photos en rafales sous les sorbiers domestiques du grand Joliette, nous avons pris des photos en rafales au Tim.
Après avoir vécu dix jours dans la lenteur avec papa, je me sens bousculée par le rythme normal de la vie. Qu’est-ce que le rythme normal de la vie ? Je ne le sais pas car je ne connais pas encore le rythme qu’aura ma nouvelle vie à la campagne avec Denauzier. Pour l’instant c’est étourdissant, une visite par ci, une escapade par là, moi qui avais l’habitude de passer huit heures par jour assise sur ma chaise à l’université. Je considère que les années passées auprès de Jacques-Yvan, en famille recomposée, alors que chouchou était petite, alors que je travaillais à temps plein, alors que Jacques-Yvan m’apportait une aide de niveau zéro, n’offraient pas la possibilité de mener une vie normale. Je ne me rappelle pas avoir eu le temps de faire de jolies tresses à Emma le matin avant l’école. Un ami, je m’en souviens, m’avait demandé, alors que j’étais sur le point d’entamer mes vacances, qu’est-ce que je comptais faire pendant mes deux semaines de repos. J’avais répondu que je voulais brosser les cheveux de ma fille en prenant mon temps. Il m’avait regardée d’un drôle d’air, et pourtant je ne me moquais pas de lui. Vivre une vie normale pourrait être préparer des repas pour mon mari, –aujourd’hui j’ai préparé des choux-fleurs et pommes de terre au curcuma, mais j’ai exagéré nettement le saupoudrage du poivre de cayenne–, lire, écrire et peindre. Prendre soin de la maison à l’intérieur et à l’extérieur. Promener la chienne. Me promener moi-même en bicyclette. Visiter papa. Jouer aux cartes avec ma tantine ou encore avec mon amie du lac Loyer. Quand il m’arrive de penser à ma fille et à mes amis, à Montréal, où je devrai me rendre pour les voir, une sensation de fatigue, un poids, un effort se pointent aussitôt à l’horizon de ce projet de déplacement. À suivre.