Jour 1 345

Les rôles sont de moins en moins clairs entre papa et moi. Je l’aide à prendre son bain, comme je le faisais avec Emma petite. Je fais couler l’eau, j’ajuste la température, je lui tiens la main pendant qu’il s’assoit, je le lave de mon mieux. En ce sens, je suis en situation d’autorité, quoique le mot soit un peu fort, disons de responsabilité. Quand il nous évite un embêtement en ayant la clef de la porte pour rentrer dans la maison, c’est lui le responsable. Quand il me demande si j’ai couvert les carrés aux dattes d’un papier d’aluminium pour qu’ils ne sèchent pas (ou ne soient pas couverts de poils de chat), ou quand il me demande si j’ai allumé le four pour réchauffer les pizzas, de manière à nous faire manger à l’heure normale du dîner, c’est encore lui le responsable. Quand il me dit de m’habiller avec une chemise à manches longues parce qu’il fait moins chaud qu’hier dehors, il est tout simplement mon papa aimant.
Demain, je serai absente pour participer à une fête. Je demande donc à papa comment il fera pour prendre ses médicaments car il a pas mal perdu la notion du temps.
– C’est simple, me répond-il. Je vais prendre un comprimé à chaque heure. Si tu pars à dix heures, je vais en prendre un à onze heures, un à midi, un à une heure, m’énumère-t-il en appuyant de l’index droit sur chaque doigt de sa main gauche au fur et à mesure de sa déclinaison. Mais rendu à l’annulaire, il se rend compte que sa réponse ne tient pas la route, alors il s’interrompt et son regard interrogateur m’indique qu’il cherche une meilleure solution.
– Il faudrait qu’on mette ton horloge à un endroit plus visible, lui suggéré-je, et comme ça, en voyant l’heure, en t’approchant tout près de l’horloge, tu saurais qu’à midi tu dois prendre ta deuxième dosette ?
– Mon horloge est très bien là où elle est, me répond-il (sur le mur de la cuisine qu’on ne voit pas quand on est dans le salon, or il est tout le temps dans le salon). Où est-ce que tu voudrais la mettre ?, ajoute-t-il.
– Je ne sais pas. As-tu une idée ?
– Peut-être ici, me dit papa en ouvrant la porte du réfrigérateur et en se rendant compte, encore une fois, que sa réponse ne tient pas la route.
Bibi avait prévu qu’une de ses amies viendrait tenir compagnie à papa cette journée de demain, mais maintenant que cette journée est sur le point d’arriver, papa m’informe qu’il ne veut rien savoir. Comme un grand garçon, il me dit ceci :
– Je suis capable de me garder tout seul !
Alors je vais procéder ainsi : je vais placer ses médicaments dans le haut de l’armoire de la cuisine. S’il saute la dose du midi, car je serai de retour pour le souper, alors que je lui aurai donné la dose du matin, ça ne sera pas plus grave que ça. Pouf !

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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