Jour 1 347

Il faudrait que je suive le cours de gardienne avertie. Parce que comme c’est là, c’est plutôt papa qui est responsable de moi et qui nous sort du pétrin. Hier matin nous sommes allés à la chasse aux bornes de conduite d’eau, arpentant pour ce faire, toujours aussi lentement, un nouveau pâté de maisons. Je ne sais pas si on trouvera un jour des bornes Castonguay, mais nous sommes tombés sur une borne Laroche. Donc il était écrit dans le demi-cercle supérieur de la borne, Laroche, et dans le demi-cercle inférieur, eau-water. Nous marchons tellement lentement que j’ai le temps d’observer plein de choses qui normalement m’échapperaient : la texture des briques sur les murs des maisons, par exemple. Certaines sont lisses sans aucun motif quand d’autres sont traversées de lignes. Je préfère les traversées de lignes. Comme je n’ai pas pris de photos, ayant omis d’apporter mon appareil, c’est difficile à décrire, d’autant que je ne connais pas trop le vocabulaire de la maçonnerie. Sur certaines maisons, le mortier de ciment qui maintient les briques en place est appliqué en quantité généreuse jusqu’à la facette visible de la brique. Sur d’autres maisons, le mortier ne se rend pas jusqu’à la facette et un espace est ainsi ménagé en profondeur entre les briques. Je préfère cette deuxième technique. Par nostalgie pour notre séjour sur la côte-nord, quand papa avait observé les lignes des trottoirs à peine était-il descendu de son camion Tacoma, j’attire son attention sur les lignes des trottoirs et je lui demande, innocemment, s’il a déjà remarqué qu’elles ne sont pas toutes pareilles. Certaines sont de simples lignes tracées dans le ciment, certaines sont bordées d’une étroite surface plus lisse que le reste du ciment, alors qu’à d’autres lignes sont adjointes des languettes de bois.
– C’est pour protéger le ciment contre les craquelures en raison du gel dégel, me dit papa.
– Savais-tu, lui ai-je demandé, fière de pouvoir exprimer mon savoir, que la série de lignes parallèles qui termine un trottoir, pas tous les trottoirs mais quand même plusieurs, sert à indiquer aux personnes aveugles qu’elles sont arrivées à la fin et qu’elles s’apprêtent à s’engager dans la rue ?
– Es-tu sûre de ton affaire ?, me répond papa qui entretient beaucoup de suspicion à l’égard de mes théories.
– Non, mais c’est un ingénieur ami de Denauzier qui m’a expliqué ça la semaine passée.
Nous continuons notre court parcours qui nous prend néanmoins une bonne demi-heure quand je ne m’arrête pas pour les photos et nous voici de retour à la maison. En posant mon regard sur la porte, je me rends compte que j’ai oublié d’apporter la clef tout en me rappelant que la porte est verrouillée.
– Papa !, me suis-je exclamée, je n’ai pas la clef !
Pas du tout surpris, papa a sorti la sienne de ses poches et nous avons pu entrer.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire