Jour 1 354

Nos voisins voisines

Nos voisines

Pour poursuivre dans le domaine animalier, voici une des voisines qui agrémentent notre vie à la campagne. J’en parle au féminin car j’appelle vaches, à défaut de connaissances suffisantes, l’ensemble des quadrupèdes d’une ferme laitière, incluant les taures, les veaux et les bœufs. Je pense que, compte tenu de son gabarit imposant, je saurais reconnaître un taureau. Je n’en ai pas vu dans le pré lors de la séance de photos.
– Toi, l’urbaine, s’est étonné Denauzier, me voyant multiplier mes clichés –dont les trois-quarts sont flous, incluant celui en photo vedette qui est en plus surexposé–, tu t’intéresses aux cheptels bovins qui se nourrissent sur nos belles terres ?
– C’est à cause de mon nom de famille, ai-je répondu du tac au tac. J’ai une attirance naturelle pour les bêtes, toutes espèces confondues, qui égayent les prés.
Étant donné que le cerveau est un appareil multifonction, j’ai répondu à Denauzier tout en pensant que les mots cheptels bovins étaient d’un bel effet dans sa bouche; tout en pensant à mon papa qui aura toujours eu un vocabulaire recherché –même à l’hôpital quand tout le monde le pensait mourant alors qu’il va plutôt bien maintenant–; et tout en pensant que dans quelques jours je serai auprès de lui pour lui tenir compagnie pendant une semaine. Quand le vent dirige le son vers la maison, j’entends meugler le cheptel bovin, comme le dit si bien Denauzier, de même que je respire à pleins poumons l’odeur du fumier que j’ai toujours adorée. D’où il ressort que mon environnement, autrefois centralisé à Notre-Dame-de-Grâce, a bien changé. Un changement d’environnement, ici géographique, ne vient pas sans d’autres changements. J’en ai pour exemple l’achat récent que j’ai voulu faire dans une petite épicerie de Ste-Marcelline. Je demande à la dame derrière la caisse si elle vend des gâteaux individuels que l’on peut garnir soi-même, le plus souvent à la vanille mais parfois aussi au chocolat. Silence de la dame qui me regarde sans trop d’expression. Je précise qu’il s’agit habituellement d’un paquet de six gâteaux en forme de barquettes qui peuvent recevoir, par exemple, de la purée de fraises ou encore de la crème glacée. M’entendant prononcer le mot barquettes, j’ai eu la conviction que je n’aidais ma cause et, qu’au contraire, je m’enfonçais. Je n’ai donc pas été surprise de ne rien voir s’animer dans l’expression faciale de la dame. Arrive Denauzier à ma rescousse qui demande  « des-gâteaux-qu’on-peut-mettre-du-stock-dedans ». Le visage de la dame s’éclaire. Elle nous dit, pour être bien sûre de comprendre :
– Vous voulez dire des gâteaux éponges ?
Le problème est le suivant : je savais bien qu’il aurait fallu que je demande « des-gâteaux-qu’on-peut-mettre-du-stock-dedans », mais je suis soit trop snob pour le faire, soit trop craintive de perdre mon identité sophistiquée. Ce n’est pas que je désire forcément être  sophistiquée. C’est que si je ne suis plus sophistiquée, qu’est-ce que je serai ? Par quel mot pourra-t-on remplacer le qualificatif sophistiquée ? Mystère et boule de gomme. Alors pour l’instant je laisse Denauzier m’aider en matière de vocabulaire. Travail d’équipe.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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