Denauzier et moi avons pris de nous deux des photos érotiques. Nous étions assis directement sur la plateforme avant du ponton, au lac Denain, en Abitibi, directement assis sur la plateforme parce que nous avions oublié de nous apporter des chaises pliantes. Il faisait très chaud et beau soleil. Il faut dire d’entrée de jeu que je portais un couvre-chef pour me protéger de la chaleur, couvre-chef représenté ci-contre, constitué d’un foulard noué à la nuque et d’un chapeau de pêche par-dessus. N’apparaît pas sur la photo mon pantalon court beige de marque Columbia, que j’adore. N’apparaissent pas non plus mes chaussures de course noires. Sur le ponton, comme il s’est mis à faire chaud, j’ai retiré ma veste. Au bout d’un moment, Denauzier m’a suggéré de retirer aussi la camisole que je portais sous ma veste –et qui n’apparaît pas sur la photo puisque ma veste est zippée jusqu’au cou. Autrement dit, il me proposait d’exhiber mes seins au grand air sain de son pays. Je n’ai pas pensé que la proposition de mon mari se voulait érotique. J’ai plutôt pensé que ma cicatrice à la cage thoracique n’a pas la même couleur dans sa partie inférieure parce qu’elle n’est jamais en contact avec l’air et la lumière. Alors j’ai enlevé ma camisole, je me suis retrouvée les seins nus, et tant qu’à faire, pour la réminiscence de l’enfance, j’ai retiré mon pantalon court pour ne porter que ma culotte de coton blanc en sous-vêtement, mes baskettes, mes chaussettes blanches sagement repliées à la cheville et, bien entendu, mon couvre-chef. C’est très narcissique ce que je m’apprête à écrire, mais je l’écris pareil : je me suis sentie terriblement jolie car j’étais vêtue comme lorsque j’avais cinq ans et qu’il faisait très chaud, ou encore comme était vêtue Emma, quand elle avait cinq ans, à la campagne les jours de grande chaleur. Sans tarder, sous prétexte de photographier un huard qui venait de s’approcher du ponton, Denauzier a emprunté mon Nikon pour me photographier à la place du huard, en faisant un gros plan sur mes seins de femme de 56 ans. Alors nous en avons profité pour faire des tests techniques au moyen de la fonction Rafale de mon appareil, et aussi en bougeant l’appareil pour obtenir des flous artistiques. Puis j’ai demandé à mon mari de me laisser le photographier, encore une fois dans une intention fort narcissique, puisque je me voyais dans ses lunettes fumées. Toujours est-il qu’à la fin de notre séance nous avons regardé les photos sur mon appareil, pour conclure, d’une même voix et au même moment, que je ressemble terriblement à mon père !
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