Les funérailles de Jacques Parizeau ont pris une certaine place dans ma vie. D’abord, j’ai raconté que vendredi dernier, de la fenêtre du restaurant Percé, nous avons vu arriver, Emmanuelle et moi, les camions de RDI et de CTV qui venaient en première reconnaissance prendre le pouls du lieu. Puis, ce midi, avec une collègue, nous nous sommes aventurées en direction de l’église St-Germain pour mesurer la longueur du cortège de badauds qui espéraient assister à la cérémonie. Le cortège était moyennement long, j’y ai reconnu Normand Lester et un collègue qui travaille sur mon étage et dont je vais taire le nom. Il n’était que midi trente, ou à peu près, et des personnalités commençaient déjà à arriver, parmi lesquelles Thomas Mulcair, très élégant, qu’un badaud a hué. Ce manque de manière nous a donné envie de rebrousser chemin et c’est ce que nous avons fait. En après-midi, j’avais déjà décidé que j’utiliserais un de mes deux écrans pour regarder la cérémonie en direct, d’autant que la belle Ludwika jouait du violon au jubé parmi d’autres musiciens et je ne voulais pas manquer ça. Elle est donc arrivée au travail ce matin toute de noir vêtue, très belle, son instrument dans un étui en bandoulière sur l’épaule. Je me considère comme une privilégiée parce que je sais ce qu’elle a mangé, en quelle quantité, et dans quelles circonstances, avant d’aller jouer. L’après-midi s’est déroulé sans anicroche, j’ai travaillé assez minimalement, je dois le dire, sur un écran, pendant que je suivais la cérémonie sur l’autre écran. À 17 heures, j’ai quitté le travail pour aller rencontrer Oscarine avec laquelle je soupais ce soir rue Bernard au Petit Italien. Quand nous sommes entrées dans le restaurant, toutes mouillées parce qu’il pleuvait, nous sommes tombées presque nez à nez sur Bernard Landry, debout, qui parlait avec Véronique Hivon et André Boisclair, installés à une table. Oscarine et moi sommes allées nous asseoir un peu en retrait des personnalités politiques, mais quand même assez près pour saisir que leur conversation était truffée de souveraineté et de Lac Meech. Je me suis fait la réflexion que Véronique et André soupaient tôt, et qu’ils étaient passionnés de politique pour en parler comme ils l’ont fait presque sans arrêt. Plus tard, il était peut-être 19h45, Véronique s’est assise en retrait à une table où il n’y avait personne pour passer un coup de fil sur son téléphone cellulaire. Je l’ai entendu dire Allo, c’est moi, et encore là je me suis sentie privilégiée d’entendre la belle dame prononcer ces mots du quotidien, peut-être à son mari. Les deux amis sont partis sans que j’en aie connaissance parce que j’étais en train de parler avec mon amie à moi. Un groupe très bruyant de six adultes est alors venu s’installer non loin de nous. Pour ménager nos tympans, nous avons convenu Oscarine et moi de repartir sous la pluie, parce qu’il pleuvait toujours, et c’est en parlant de tout et de rien que nous nous sommes acheminées vers le métro Outremont où nous nous sommes quittées. Dans le métro, j’ai cherché un exemplaire du journal dans l’esprit de boucler la boucle, pensant y lire un dernier article d’au revoir Monsieur Parizeau, mais je n’ai pas réussi à mettre la main sur un journal, ni dans un métro, ni dans l’autre, car j’en prends deux pour rentrer chez moi.
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