Jour 1 390

L’homme de 48 ans propriétaire du restaurant Percé m’a dit qu’il avait passé huit ans de sa vie à travailler sept jours sur sept et qu’il était temps qu’il passe à autre chose. Son père est maintenant âgé mais il continue de venir travailler pour faire de petites choses, comme les sauces.
– Lorsque j’aurai vendu, je ne m’en voudrai pas parce que j’aurai passé une partie importante de ma vie avec mon père. J’avais huit ans quand j’ai commencé à travailler dans la restauration. Après l’école, je venais rejoindre mon père à la cuisine et il m’enseignait de petites choses, comme les sauces !
Mon père a l’âge de Jacques Parizeau. Il serait incapable de travailler et je ne peux pas dire que j’aurai passé une partie importante de ma vie avec lui. Il était garagiste et n’aurait pas voulu que ses filles soient pompistes. Si j’exclus le problème des odeurs d’essence qui me donnent mal au cœur et l’effet à long terme des vapeurs qui ont détruit les yeux de papa, j’aurais peut-être aimé être pompiste, c’est original comme travail d’été, mais je n’y ai même pas pensé.
Hier, Denauzier et moi sommes allés le visiter. Pendant je dirais une demi-heure, il nous a parlé comme autrefois il le faisait sans effort. Il pouvait parler des heures sans effort. Au bout de la demi-heure, il nous a demandé :
– Avez-vous rencontré notre nouvelle petite fille ?
Il voulait parler d’une amie, très belle, blonde et menue, qui était en visite chez Bibi.
– Moi oui, mais Denauzier ne la connaît pas encore, ai-je répondu.
– Venez, je vais vous la présenter.
Nous nous sommes levés pour le suivre jusqu’à la cuisine où se trouvaient Bibi et l’amie. Aussitôt, celle-ci s’est empressée d’accueillir papa pour l’aider à s’asseoir dans la berceuse pendant que nous avons pris place autour de la table. Au bout d’un court moment, papa a demandé à retourner dans la pièce que nous venions de quitter pour s’y reposer, seul. La belle amie de Bibi a alors aidé papa à se relever et, le prenant par la main, et papa la suivant à petits pas, ils se sont dirigés vers la pièce en question.
La tête sur l’épaule du solide Denauzier, je me suis endormie sur cette image de mon papa vieux et fragile, guidé par l’amie de Bibi dont il pense peut-être, dans le brouillard de son âge, qu’elle est au nombre de ses filles.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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1 Response to Jour 1 390

  1. Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

    🙂

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