Denauzier et moi parlons beaucoup le soir au téléphone. J’adore ça. Nous parlons de tout et de rien, de la manière dont nos journées se sont déroulées. Hier soir tard, passé 22h30, je lui ai fait part qu’Emma n’était pas encore arrivée alors qu’elle m’avait dit qu’elle viendrait coucher.
– Cela ne t’inquiète pas ?, m’a-t-il demandé.
– Non, ce qui m’inquiétait c’était le foutu récital, ai-je répondu du tac au tac en m’éclatant de rire, comme s’il y avait une hiérarchie dans mes inquiétudes, une forme de sélection.
Emma s’en va sur ses 19 ans. Elle circule comme elle le désire, sans toujours m’informer, et je vis bien avec cette réalité. Je lui envoie parfois des messages sur Facebook lui demandant si elle est encore vivante sur cette terre et au bout d’un moment, jamais long, elle me répond qu’elle est vivante. D’ailleurs, ce matin, et parce qu’on se voit rarement, elle m’a invitée à dîner à notre restaurant préféré, celui qui a défrayé la manchette des jours 1 918, 17, 16… Il est situé à proximité de l’église St-Germain où il se passait toutes sortes de choses inhabituelles –nous étions assises le long des fenêtres avec vue sur l’église– en raison des funérailles nationales de Jacques Parizeau qui s’y tiendront mardi prochain.
Au moment de payer, j’ai parlé un peu longuement avec le propriétaire, le monsieur grec dont j’ai appris qu’il a 48 ans, celui qui ne semblait pas savoir lire les mots grecs qui étaient imprimés sur le contenant de miel grec qu’Emma m’a rapporté, de la Grèce. J’avais entendu dire que son restaurant allait fermer et il m’a confirmé qu’il était à vendre et ne devrait pas fermer. Blablabla. Au bout d’un moment, Emma s’est éloignée et en a profité pour aller m’acheter une grosse gomme balloune bleu ciel dans la machine à 25¢ située à la sortie. Elle ne sait pas que la gomme balloune était au centre de mon texte 1 424, un texte sur les petits deuils. Nous avons croqué chacune dans la nôtre en faisant nos premiers pas sur le trottoir, sous un début de pluie. Les gommes étaient soit très fraîches, soit conçues selon une nouvelle technologie, en tout cas elles étaient juteuses, faciles à croquer et délicieuses !
– Hum !, me suis-je exclamée, presque pâmée de n’être pas encore rendue à l’étape du petit deuil véritable des grosses gommes à mâcher !
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Une autrice illustrement inconnue !
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