Jour 1 393

J'ai parcouru un feuillet publicitaire et découvert Misia.

J’ai parcouru un feuillet publicitaire et découvert Misia.

Mes lecteurs apprendront sans surprise que je n’ai rien lu sur Jacques Parizeau dans le journal Métro d’aujourd’hui. J’ai parcouru à la place un feuillet publicitaire sur les coiffures, la haute couture et les parfums. Ce n’est pas que ça ne me tentait pas, c’est que les couleurs du feuillet publicitaire glissé dans le journal ont accroché mon regard. Du coup, j’en ai étudié les photos et j’ai lu les petits textes. Lisette a écrit à propos de son mari qu’il avait livré un combat titanesque contre la maladie. Est-ce parce qu’on est un grand personnage et qu’on contribue significativement à l’avancement de la société qu’on livre un plus vif combat contre la mort ? Quand on est en contact avec cette dernière, est-on réellement en train de combattre ou n’est-on pas en train de s’abandonner, dans le sens exactement contraire ? François, qui est passé par là, n’aimait pas l’idée de combattre la maladie. Il la vivait, c’était déjà bien assez. J’ai tendance à penser que nous sommes tous égaux dans la maladie et dans nos fins de vie et que parler d’un combat titanesque c’est tartiner épais dans le manque d’humilité. Ou alors c’est que tous les combats sont titanesques. Tous les combats sont titanesques, à un moment ou à un autre dans nos vies, à la hauteur de nos capacités. Hier, par exemple, j’ai livré un combat titanesque pendant que je travaillais, ou encore pendant que j’écrivais mes futilités à propos de Parizeau dans le journal Métro, de mes lunettes sales et de mon mouchoir de coton. Je luttais contre ma crainte de voir Emmanuelle s’évanouir en soirée pendant son récital de flûte de fin d’année. Perdre ses moyens sous l’effet du stress, les perdre complètement et pas juste un peu, et s’évanouir comme pour en finir. Je suis donc arrivée à la dernière minute à son récital pour n’avoir pas le temps de la contaminer avec mes pensées catastrophiques, des fois que ces pensées auraient émané de ma personne pour l’envelopper et l’étouffer. Jacques-Yvan était déjà arrivé, c’est dire à quel point je suis moi-même arrivée à la dernière minute. Il m’a offert de m’asseoir à ses côtés. Emma est apparue par derrière pour venir nous dire qu’elle était hyper stressée, j’ai eu l’impression que ses lèvres en tremblaient. Je lui ai serré la main comme je le fais souvent et je lui ai dit d’une voix ferme, avec un sourire confiant, que tout irait bien. Arrive le tour d’Emmanuelle. Juchée sur ses talons hauts, vêtue d’un pantalon décontracté aux pattes d’éléphant devenu trop court à cause des talons hauts. Sourire aux lèvres et la queue de cheval qui lui balançait dans le dos au rythme de ses pas. Comme elle interprétait, en flûte solo, une sonate de Carl Philipp Emanuel Bach, elle a voulu faire une blague, m’a-t-elle raconté par après, et annoncer une sonate du Centre de la Petite Enfance Bach, mais finalement elle ne l’a pas fait. Suivait une pièce contemporaine de Denis Gougeon et une autre pièce du compositeur allemand Kuhlau, qu’elle m’a dit ne pas aimer tellement mais que j’ai aimée quant à moi. Elle a très bien joué. Sa queue de cheval s’est encore plus balancée quand elle est venue nous rejoindre après sa prestation. Qu’est-ce qui arrive quand je m’inquiète autant, tout en m’en voulant de ne pas faire confiance à ma fille ? Je suis fatiguée le lendemain et je prends des respirations profondes pour me ressourcer. Je prends des respirations titanesques.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire