Au MAC, bien calée dans le fatboy et mastiquant les olives, j’ai rencontré une ancienne collègue, du temps que je travaillais au service de l’informatique. Elle n’a pas eu envie de tester le confort du coussin fauteuil en s’assoyant à côté de moi. Elle a probablement pensé, compte tenu de son âge et aussi de son poids, que ce serait difficile de se relever. Alors je me suis levée, ma petite assiette d’olives à la main, que nous avons partagées, et nous avons parlé un bon moment.
– Quoi de neuf ?, m’a-t-elle demandé de prime abord. Travailles-tu encore à l’université ?
– Oui, mais je quitte le 1er juillet.
– De quelle année ?
– Le 1er juillet qui vient.
– Sans blague ! Qu’est-ce que tu comptes faire ? Tu es encore jeune !
– Je ne sais pas vraiment ce que je vais faire…
– Comment ça, tu ne sais pas ? Tu as dû y avoir pensé avant de signer ?
– Je vais aller vivre à la campagne, ai-je répondu, un peu pour me rattraper.
– Tu avais une maison là-bas, aux dernières nouvelles, me dit ma collègue.
– Je l’ai vendue récemment, je m’en vais habiter chez mon compagnon.
– Pas le père de ta fille ? Il me semble que vous n’étiez plus ensemble ?
– Non, un autre homme. Que je ne connais pas tellement, en fait, nous nous fréquentons depuis moins d’un an.
Je me sentais sur la corde raide avec mes projets flous basés sur des fondations pas solides. J’ai donc tenté de la faire parler d’elle, mais je n’ai pas été assez rapide, elle était déjà lancée.
– Ne me dis pas que tu quittes tout pour un homme !, s’est-elle exclamée. Si tu prends ta retraite, il faut que ce soit pour toi d’abord, il faut que tu te sentes prête à tourner la page, sinon tu vas le regretter.
– Pourquoi est-ce qu’il faudrait que ce soit pour moi d’abord ? Toi qui es en couple depuis longtemps, tu ne penses pas que c’est une bonne idée de changer de vie pour construire une vie de couple avec l’homme que j’aime ?
– Il a quel âge ?, m’a-t-elle demandé.
– 56 ans, le même âge que moi.
– Et vous vous connaissez depuis moins d’un an ?
– Exact.
Monique, c’est le nom de la collègue, s’est alors interrompue le temps de détacher la chair de l’olive de son noyau, qu’elle a retiré de sa bouche et déposé dans la petite assiette que je tenais toujours de la même main.
– Elles sont bien épicées et bien juteuses, a-t-elle dit en en prenant une autre.
– Justement, j’avais soif et je me suis fait la même réflexion, qu’elles étaient juteuses.
Je n’ai rien osé ajouter d’autre, en attente de la suite de l’interrogatoire, me soumettant moi-même, comme pour me tester, à une éventuelle suite de l’interrogatoire.
– Tu sais que Denise est sur le point de nous quitter ?, a-t-elle ajouté.
– Oui, j’ai appris, pour sa maladie.
– C’est bien, ton projet de campagne, il vous reste encore de belles années…
– Je l’espère. Parle-moi de ton fils, ai-je enchaîné, celui qui courait dans les corridors, quand tu l’amenais à l’université, les jours de pédagogiques ?
– C’est bien, quand même, ton projet, a répété Monique, le regard pensif.
Je n’ai rien répondu, ne voulant pas la sortir de sa rêverie. Nous avons continué notre dégustation en silence, c’est le moment de notre rencontre qui m’a le plus plu, avant de poursuivre avec Nicolas, c’est le prénom du fils.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories