Il y a des choses qui me touchent. Quand je suis entrée dans la salle du ciné-répertoire et que mon collègue m’a fait signe de la main pour que j’aille m’asseoir avec lui, j’ai été touchée. Il fait sûrement la même chose avec d’autres collègues, parce qu’il connaît tout le monde, mais qu’il me fasse signe, à moi, parmi tout le tas de collègues qu’il connaît et qui viennent voir le film, ça me touche et réjouit mon cœur. Je suis faite comme ça, je suis construite sur le modèle de l’hyper-sensible. C’était Wild le film à l’affiche cette semaine, de Jean-Marc Vallée. À plusieurs reprises j’aurais eu besoin de plusieurs mouchoirs. Malheureusement, mon collègue n’en avait pas. Si j’y retourne demain, parce que le même film est présenté deux soirs de suite et qu’il était question peut-être que j’y aille demain avec Denauzier, je vais m’en apporter. Quand le film a pris fin, sur un ton léger, mon collègue m’a dit que c’était pas mal. Pour ma part, les lunettes déposées sur mes cuisses et utilisant mes mains comme d’un mouchoir, je n’ai pas été capable de répondre. Comme ma culture cinématographique est vaste, voire sans limite, je pensais que le rôle de la maman de Reese Witherspoon était joué par Julianne Moore, mais il s’agit de Laura Dern.
Il y a des choses encore qui me touchent, dont une histoire que m’a racontée Thrissa. Ce n’est même pas une histoire en fait. Ce sont trois mots qui constituent une réponse. Thrissa me racontait qu’un événement comptant plus d’une centaine d’invités allait avoir lieu pour souligner le 90e anniversaire de quelqu’un. Or, la veille de l’événement, les principaux intéressés se sont rendu compte que la personne dont c’était l’anniversaire, une dame, était au lit depuis une semaine, clouée par la grippe.
– Qu’est-ce que vous allez faire ?, me suis-je exclamée.
Thrissa m’a regardée et a attendu quelques secondes avant de répondre. La regardant à mon tour, je me demandais quelle allait être la réponse magique qu’elle allait me donner et qui serait en mesure de tout solutionner. J’avais beau chercher, je ne la trouvais pas.
– Nous allons prier, m’a-t-elle répondu.
J’ai adoré cette réponse qui ne solutionne rien, qui laisse planer le mystère, qui nous oblige à l’abandon, quand l’abandon devrait être tout sauf obligé.
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