Jour 1 439

J’entendais sur Ici Musique une entrevue d’archives de Louis Aragon. Je pense que c’était Louis Aragon parce qu’au moment où le journaliste a prononcé le nom de la personne interviewée il y a longtemps, il y a eu du bruit dans mon appartement et je n’ai pas su de qui il était question. Mais comme la chanson Elsa a joué tout de suite après, j’ai pensé qu’il s’agissait d’Aragon. L’artiste interviewé, appelons-le ainsi, disait écrire un ou des milliers de pages de textes dans une année. Je pense qu’il disait des milliers, parce que un millier, c’est seulement trois pages par jour. Mais il faut savoir être réaliste. Trois pages de textes par jour, c’est énorme. Donc, l’artiste interviewé disait probablement un millier. Me voici quoi qu’il en soit en présence d’une autre personne (décédée) qui se fixait, peut-être pas de façon volontaire comme le fait Chilly Gonzales, des défis énormes. Vais-je jeter, comme Aragon le faisait de ses feuilles qui ne valaient pas la peine d’être conservées, mes 24 toiles à l’acrylique ? Non. Cela constituerait de l’argent gaspillé et surchargerait ma poubelle. J’ai plutôt décidé que le projet final va porter le titre Vacuité. Comme les toiles sont surchargées de traits, de courbes, de couleurs, de motifs, on pourra interpréter qu’à trop accumuler on finit par ne plus rien signifier. C’est un phénomène bien connu. L’intérêt de cette œuvre, si je me projette dans le temps, sera de rendre compte de l’état dans lequel j’étais au moment où je l’ai créée, c’est-à-dire les premiers mois de l’année 2015. Mais il faut faire attention. Juste avant Vacuité, j’ai créé ma belle chaise (qui n’a pas de titre), que je perçois comme une œuvre réussie, et que je suis allée porter chez Encadrex samedi dernier pour qu’elle soit montée sur châssis de bois. Or, lorsque j’ai fait ma chaise, j’étais dans le même état d’esprit que maintenant.
Une des belles qualités que je trouve à Denauzier, c’est qu’il procède dans le sens contraire à mes toiles surchargées : il n’accumule pas les paroles superflues, il s’en tient à celles qui sont essentielles, quand vient le temps, par exemple, de me rassurer par rapport à quelque chose. Nous sommes assis sur son canapé, il regarde dehors puis il me regarde et les mots qui sortent de sa bouche sont exactement ceux qu’il me fallait entendre.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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