Après avoir parlé à la maman du chérubin qui a pleuré tout le vol, et après avoir récupéré mes bagages, j’ai voulu appeler Denauzier, comme il me l’avait demandé, au moyen d’un téléphone cellulaire qu’il me prête depuis maintenant quelques mois et que je n’utilise pour ainsi dire jamais. Nous sommes toujours à l’aéroport d’Orlando. Je me suis installée dans un petit coin à l’écart, non loin du carrousel des bagages. C’est la preuve que je n’utilise que rarement un téléphone cellulaire. Les gens qui en utilisent un dans leur quotidien ne ressentent pas le besoin de se retirer à l’écart pour parler tranquille. Ils répondent dès que ça sonne, ils composent le numéro qu’ils veulent joindre sans, comme moi, s’emmêler les doigts sur les petites touches. Et ça marche numéro un. Dans mon cas, et comme je m’y attendais vaguement, cela n’a pas marché numéro un. Mon téléphone m’a indiqué que j’étais hors zone, que j’étais en mode itinérance, et qu’il me fallait contacter le service à la clientèle, en composant le chiffre 7, pour améliorer mon sort. J’ai pensé, pour rejeter aussitôt cette idée, que je pouvais demander à quelqu’un de me prêter son cellulaire pour appeler Denauzier. Mais on m’a tellement dit que les communications américaines coûtent cher, et je n’y connais tellement rien, que j’ai préféré vivre sans avoir à parler au téléphone, alors je me suis dirigée dehors faire la file pour attendre un taxi. Et c’est ainsi que, assez rapidement, sans ennui aucun, et parlant de surcroît français avec le chauffeur haïtien, je me suis rendue à l’hôtel où était logé Denauzier. J’ai arpenté le lobby, heureuse d’être enfin rendue, traînant ma petite valise à roulettes. J’essayais de détecter qu’est-ce qui pouvait sentir aussi bon depuis mon arrivée, on aurait dit l’odeur du bois de chêne dans un sauna brûlant. Toute à mes pensées en matière d’odorat, j’ai cru reconnaître un homme qui marchait devant moi et lui me reconnaître qui marchais devant lui. La vie est ainsi faite et c’est un peu pour ça que je ne m’inquiète pas. L’homme était un ami de Denauzier, nous nous sommes rencontrés en Abitibi. Il lui a téléphoné pour l’informer que j’étais arrivée.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories