Jour 1 462

Le faciès de Diana

Le faciès de Diana

J’ai 55 ans. Papa 84. J’ai rencontré ce week-end une personne qui ne m’avait jamais vue et qui m’a dit, me voyant, que je ressemblais à mon père. Cela m’a donné une bouffée de jeunesse. Quand j’étais adolescente, partout où j’allais à Joliette, je me faisais dire, par qui connaissait mon père, que je lui ressemblais. Quarante ans plus tard, la remarque court toujours. Je me rappelle de ma réaction, quand on me disait que je ressemblais à mon père. Je me demandais immanquablement comment ça se faisait qu’on me parlait de mon père. Je n’avais aucune conscience de lui ressembler, bien entendu. Mon père est un homme bon, aimable et aimant, comme Denauzier. Il a une belle voix, comme Denauzier. Ma sœur et son mari le gâtent en s’occupant de lui tous les jours. Je suis convaincue qu’il doit être, de cela, le plus heureux des hommes. Arrive l’heure du souper, chez Bibi. Il faut que quelqu’un le pousse pour le rapprocher de la table car dans la cuisine on s’assied sur de hauts tabourets. Les pieds de papa sont suspendus dans le vide, à un bon pied du plancher, j’ai pris la peine de le vérifier samedi dernier quand j’ai soupé avec eux. Bibi le sert en premier et lui demande s’il a faim. Il répond qu’il n’a jamais faim. Elle lui sert néanmoins une assiette assez bien garnie et il mange tout, consciencieusement. Bibi avait sur le comptoir une pile de nouveaux CD dont un de Diana Krall, celui en photo vedette. J’ai demandé à papa, Bibi et le mari de Bibi s’ils trouvaient que Diana était belle. Bibi et le mari ont répondu oui. Ce n’est pas que je ne la trouve pas belle, personnellement, mais je lui trouve un air dur. Papa a regardé la pochette du CD, d’assez près parce qu’il voit mal, et il a dit qu’il ne la trouvait pas belle parce qu’elle n’avait pas un visage aimant.
– C’est en plein ça !, ai-je pratiquement crié, à tel point que Bibi a sursauté. C’est en plein ça, elle n’a pas un visage aimant, ai-je répété.
Pourquoi ai-je presque crié ? Parce qu’au moment où papa a prononcé le mot aimant, j’étais en train de le prononcer moi-même dans ma tête. Et parce que quand je pense à Denauzier, c’est ce mot, toujours, qui arrive en premier.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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