Je suis allée me faire couper les cheveux. La nuque est réussie. Pour le devant, je dis à mes proches que c’est l’étape préliminaire d’un aboutissement qui sera plus convaincant plus tard. Disons qu’en sortant du salon, je ne me suis pas empêchée de mettre mon capuchon. Ma coiffeuse, dont j’aime le prénom slave, n’est pas du genre à parler beaucoup. Elle dit qu’elle a besoin de se concentrer. J’aime qu’elle se concentre et qu’elle ne parle presque pas, et ce d’autant que she does’nt speak french. Parlant de speak french, ce matin, quand je suis sortie de la maison pour aller travailler, et sachant que je devais me rendre au salon de coiffure, j’ai utilisé ma voiture. C’est-à-dire que j’ai voulu utiliser ma voiture, mais un pick-up blanc était stationné devant, m’empêchant de reculer et de m’engager dans la rue. L’avoir voulu, je n’aurais pas pu manoeuvrer, avancer et reculer, pour me dépêtrer. Je n’avais pas assez d’espace. Me rappelant avoir vu des ouvriers arriver tôt un matin de la semaine dernière et sonner au duplex qui fait face au mien, pas folle, je suis allée sonner à la même porte. Une dame souriante est venue répondre au bout d’un moment.
– Do you speak french ?, lui ai-je demandé tout de go.
– Better than english, m’a-t-elle répondu avec un accent français.
Sur le coup, je n’ai pas su si je devais parler en français ou en anglais, mais j’imagine que mon inconscient a décodé que je pouvais parler français parce que c’est ce que j’ai fait.
– Je cherche le conducteur du camion blanc, ai-je dit à la dame en lui montrant le véhicule de mon bras tendu.
– Oh ! je vois, a-t-elle répondu. Il y a eu des travaux chez moi, a-t-elle enchaîné, la semaine passée, ils sont maintenant terminés, même si, vous voyez, un mur reste à peindre.
C’était son tour de me montrer quelque chose de son bras tendu, à savoir le mur de son salon, que je n’ai pas vu à cause du contre-jour.
– Je sais que le deuxième voisin, vers la gauche, –qui était ma droite–, fait des travaux également. Vous pourriez peut-être aller sonner ?
Je l’ai remerciée et je suis allée sonner. Un homme est venu répondre qui portait un vieux coton ouaté taché de peinture.
– C’est vous qui faites les travaux !, me suis-je exclamée sans prendre le temps de le saluer ni de lui demander s’il parlait french or english.
– C’est un ami qui fait des travaux, en fait, a répondu l’homme.
– Est-ce lui le propriétaire du camion blanc ?
L’homme a immédiatement perçu la raison de ma visite. Il s’est empressé d’aller chercher son ami. L’ami est arrivé à peine deux minutes plus tard. J’avais eu le temps de revenir à ma voiture et j’attendais sur le trottoir. L’homme semblait tellement penaud qu’il marchait en fixant ses chaussures, sans me regarder.
– Je ne peux pas vous féliciter !, ai-je lancé, en souriant.
J’ai perçu presque de la souffrance dans son visage, il me semble. Alors pour me faire pardonner ma phrase plate, je lui ai dit que l’important c’était que je l’aie trouvé, lui. Il s’est empressé de libérer l’espace et il m’a demandé si j’avais dû sonner à plusieurs portes avant de le trouver. Je lui ai répondu que non, à seulement deux portes.
J’ai raconté l’événement à Ludwika et le lui racontant j’ai réalisé que je n’ai pas souvenir d’avoir vu un visage de femme penaud. Mais un visage d’homme oui, cela m’est arrivé à quelques reprises dans ma vie, en plus de celui d’aujourd’hui.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories