Jour 1 486

J’ai terminé l’année 2014 dans un état d’exaltation avancé, sans drogue aucune, comme en témoigne mon beau texte 1 487 dans lequel je remercie tout le monde, y compris la vie. Ce qu’il y a de chiant avec les épisodes d’exaltation, c’est que lorsqu’on les quitte, on tombe de haut. La journée n’était pas terminée, la journée du texte 1 487, que j’étais aplatie comme une crêpe. Je suis partiellement revenue à la vie ce matin sur l’autoroute 15 sud en écoutant pas mal fort, et 18 fois, j’exagère à peine, White Winter Hymnal du groupe Pentatonix. J’adore. Merci Emma, qui m’a fait connaître le groupe. Au-delà de la virtuosité des jeunes chanteurs, ce qui me séduit, c’est lorsqu’ils reprennent leur souffle entre les phrases pour se faire une réserve d’air. J’ai alors l’impression qu’ils se préparent à affronter la suite, un peu comme si leur performance vocale et rythmique avait quelque chose à voir avec un entraînement rigoureux, un combat, un match. Cela me fait penser au guitariste Jordan Officer –qui a déjà été en vedette sur mon blogue–, à savoir que ce que j’aime le plus, quand il joue, ce sont les bruits du glissement de ses doigts sur les cordes, qui n’ont pas grand-chose à voir avec les notes en tant que telles. Les cinq membres du groupe Pentatonix sont installés à l’orée d’une forêt, peut-on penser, mais sur le bord d’une autoroute, on voit quelques autos passer. On entend les oiseaux jacasser. Les chanteurs sont assis sur des bancs identiques, gris, dont mon amie Oscarine, qui a les mêmes bancs dans sa maison, m’a dit qu’ils étaient faits selon un design spécifique qui leur vaut d’être vendus à fort prix. Je trouve pour ma part, et je l’ai dit à Oscarine, qu’ils ont l’air bien ordinaires, mais je n’y connais rien en design. L’homme de peau noire, parce qu’il est grand, appuie ses pieds sur le sol, tandis que la jeune fille, qui est petite, les appuie sur la barre inférieure du banc. Deux des chanteurs portent des chemises à carreaux et un bonnet noir. Il doit y avoir un nom pour ce type de bonnet. Ce n’est pas un modèle conçu pour faire du sport ou pour se tenir la tête au chaud en hiver, bien qu’il puisse servir à cela, c’est ce que j’appellerais un bonnet urbain, un peu pendouillant par l’arrière, que portent volontiers les jeunes qui ont du swag, qui sont chill, ou hot, ou branchés, et tous ces autres mots appartenant au champ sémantique de l’unité lexicale Style, mais qui m’échappent en grande partie à cause de mon âge. Les respirations entre les phrases, les bonnets pendouillants, les bancs qui se vendent cher, l’orée de la forêt, les oiseaux, la musique, le rythme, la voix de l’un des membres du groupe qui demande en préambule The camera’s rolling ? m’insufflent l’élan qui me faisait défaut ces derniers jours. L’année peut commencer.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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