Jour 1 498

Cette année, j’ai proposé à Yvon que l’on commence la visite du Salon des métiers d’art par la zone des dégustations et que l’on se promène ensuite entre les kiosques, la bouche parfumée d’essences de cassis, d’érable et d’hydromel. Il était d’accord. Nous sommes tombés dès la première dégustation sur un homme très sympathique qui remplissait les dosettes à ras bord. Il vendait du rhum et du brandy à l’érable. J’ai préféré le rhum, Yvon le brandy. Une fois la visite terminée, nous sommes d’ailleurs retournés au kiosque de l’homme sympathique pour qu’Yvon lui achète une bouteille de brandy. Mon ami a besoin de réfléchir avant d’agir. J’ai profité de notre retour à la case départ pour demander à nouveau une dosette de rhum. Nous voyant arriver, et cela confirme ma théorie de la grande famille unique, universelle et planétaire, l’homme sympathique nous a dit :
– Je vous aime !
Il a ajouté, s’adressant à moi :
– Je me doutais, bien, madame, que votre mari se laisserait tenter par mon brandy.
– L’an prochain on reviendra pour le rhum !, lui ai-je répondu.
Ma réponse m’a valu une autre dosette bien remplie.
Comme d’habitude, Yvon et moi avons assez peu porté attention aux créations des artisans. Nous nous donnons plutôt des nouvelles de nos vies, en ponctuant nos récits de quelques arrêts peu convaincus aux kiosques des sacs, des foulards, des savons, des laines d’alpaga. Ces dernières années, je trouve qu’il est trop question, quand on se voit, de nos âges, de notre forme physique qui diminue, de nos maudits plans de retraite.
– On la prend ou on ne la prend pas, ça devrait s’arrêter là, tu ne penses pas ?, ai-je demandé à Yvon. À quoi ça sert de tout évaluer, de tout jauger ? ai-je poursuivi. Si je la prends, je perds en argent, mais je gagne en horaires allégés. Je serai moins fatiguée. Mais vais-je m’ennuyer ? Est-ce que j’aime ça tant que ça, écrire et peindre des toiles ? Saurai-je m’occuper ? Aurai-je un nouveau travail ?
– Et chouchou ?, m’a demandé Yvon, parce qu’il lit dans mes pensées.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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