Jour 1 502

Ni ancienne ni nouvelle monture mais des lentilles cornéennes jetables après chaque utilisation

Ni ancienne ni nouvelle monture, mais des lentilles cornéennes jetables après chaque utilisation.

C’est tonton qui a pris la photo d’Emma et moi, en 2007, à proximité du lac Vert, jour 1 503. C’était mon premier été sans Jacques-Yvan. J’ai tellement fait d’allers et retours dans le parcours qui m’a amenée à le quitter que je ne me rappelle plus, justement, quand est-ce que je l’ai quitté. Emma avait une dizaine d’années quand je lui ai dit, comme ça, une remarque en passant, que je ne voyais pas d’autre avenue que de quitter Jacques-Yvan. Elle m’avait répondu que ça ne lui tentait pas tellement que je le quitte. Je lui avais répondu que moi non plus, mais que je ne savais pas comment m’y prendre autrement. Puis est arrivé le moment où je suis passée devant l’annonce d’un logement à louer. Ça, c’est bien maudit, passer devant l’annonce d’un logement à louer quand on envisage de se séparer. Surtout si le logement est situé juste à côté, sur la même rue, et qu’Emma peut passer de l’une à l’autre maison sans difficulté. Alors je l’ai loué. Et au bout de trois mois, je l’ai déloué. Je ne pouvais quand même pas mettre fin à la vie familiale aussi facilement. Un peu plus tard, peut-être une demi-année plus tard, j’ai loué un nouvel appartement, très éclairé, juste un peu plus loin que le premier, toujours sur la même rue. Pendant quinze mois. Mais je ne pouvais quand même pas mettre fin à la vie familiale aussi facilement. Alors je l’ai déloué lui aussi. Et j’ai fini par aboutir là où je suis maintenant, dans un des logements dont nous sommes encore copropriétaires, Jacques-Yvan et moi. C’est ce qui fait, tous ces viraillages, que mes repères temporels ont cessé d’être basés sur ma vie commune avec Jacques-Yvan. Je ne me demande plus, par exemple, par rapport à un événement que je me remémore, Est-ce que j’étais encore avec Jacques-Yvan dans ce temps-là ? Je me demande plutôt, en bonne veuve que je suis devenue, Est-ce que François était encore vivant ? Ou j’utilise d’autres repères : est-ce qu’Emma était encore à l’école FACE ? Est-ce que j’avais acheté ma SuperSonique ? Est-ce que j’avais terminé mon certificat en arts plastiques ? Est-ce que la chatte Mia vivait alors avec nous ? Est-ce que je portais mon ancienne ou ma nouvelle monture de lunettes ?

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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