Je pensais à Ingrid Betancourt hier soir parce qu’elle a déjà dit ou écrit, j’avance ça de mémoire, que sa fille, Mélanie, c’était elle, Ingrid, mais en mieux. Autrement dit, la phrase serait, de la bouche d’Ingrid :
– Ma fille, Mélanie, c’est moi, mais en mieux.
Un peu comme si je disais ou écrivais, et parfois je le pense, et je m’en veux presque de le penser :
– Ma fille, Emmanuelle, c’est moi, mais en mieux.
J’ai suivi l’histoire d’Ingrid de très loin. J’ai regardé, comme bien du monde, la couverture hyper médiatisée de sa libération et de son retour en France, en 2008. Elle portait des tresses, un chapeau de type Tilley et des bottes de caoutchouc en sortant de l’avion. Comme elle descendait les marches de l’avion pour se rendre sur le tarmac, je voyais à son regard qu’elle était tendue. Je suis convaincue que c’est parce qu’elle n’avait pas parlé le français pendant les six ans et demi de sa captivité. Or, elle ne pouvait pas exprimer sa reconnaissance en espagnol au peuple français qui venait de la libérer ! Elle avait pris du poids. Comment puis-je affirmer qu’elle avait pris du poids ? Parce que lors de mon séjour à Paris, en 2007, j’avais remarqué, on ne pouvait pas ne pas la remarquer d’ailleurs, l’immense bannière installée à même le mur de l’Hôtel-de-Ville sur laquelle était imprimée une photo d’elle, où elle apparaissait maigrichonne. J’allais apprendre plus tard que la photo avait été prise alors qu’elle se remettait d’une maladie qui est courante dans la jungle amazonienne, je ne me rappelle plus laquelle. J’étais bien perplexe de trouver cette immense photo d’Ingrid à Paris, parce que si elle était prisonnière des FARC, dans la jungle amazonienne, comment pouvait-elle avoir être accessible pour une séance de photo ?
Tout ça pour en venir à ceci : je n’ose pas dire qu’Emma c’est moi. C’est une affirmation trop exclusive, j’aurais l’impression de m’approprier ma fille, de l’étouffer, de limiter son champ d’action, son rayonnement. Il me semble en effet que son champ d’action est promis à un plus large spectre que le mien. Il n’empêche que dans Emma, parfois, je me vois. Quand il est question de physique, cependant, de sa capacité à comprendre ses cours de physique au cégep, et quand elle dit, comme elle l’a dit hier, qu’elle se sent confiante avant son examen, je m’incline et j’admire.
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