Jour 1 510

Le mouvement gracieux de la patte gauche de l'ours

Le mouvement gracieux de la patte gauche de l’ours.

– Regarde-moi, a dit Denauzier, qui sentait que quelque chose était en train d’arriver.
– Non, ai-je répliqué, parce que je savais que les larmes que je retenais allaient se mettre à couler si je le regardais.
Il s’est arrêté dès qu’il a pu, ce fut dans le stationnement du IGA de St-Félix-de-Valois. C’est donc lui qui, le tronc tourné vers moi, et le bras gauche appuyé sur le volant de ma Sonic, m’a regardée.
– Chérie, a-t-il commencé.
– C’est parce que je fais des ménages niaiseux que je pleure, l’ai-je interrompu. Ce serait mieux si je pouvais m’accommoder du désordre.
En m’entendant parler, je me suis revue jeune adulte, dans la vingtaine, pleurant ainsi dans une voiture, avec un autre compagnon, pour une peccadille qu’aucun homme jamais ne pourrait voir venir. Je me suis dit que le corps vieillit, certes, mais pas la personne qui est dans le corps. C’est à se demander si ça vaut la peine de parcourir les distances de toute une vie, à la recherche, ou pas, de sa voie, puisque ainsi parcourant, l’intérieur ne change pas d’un iota. Papa, à cet égard, expliquait récemment à Denauzier qu’il avait eu ses quatre enfants à cette adresse d’une rue où nous étions. Or, c’est sur cette même rue qu’il s’en vient vivre –car il est question qu’il déménage– ce qui pourrait être la dernière étape de sa vie. On revient à son point de départ.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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