Une lectrice a pensé que Denauzier et moi nous étions embrassés avec fougue, dans le coin du garage, dans la fumée des cigarettes, pendant la partie de hockey.
– Ses enfants n’étaient pas gênés ?, m’a-t-elle demandé.
Sur le coup, je n’ai pas compris ce à quoi elle faisait référence. Puis, lente comme à mon habitude, j’ai compris et j’ai laissé une onomatopée me sortir de la bouche, ou des mots qui ne veulent pas dire grand-chose, de type Ah ! d’accord ! C’est ne pas connaître la définition du mot cajoler. J’imagine qu’il y a autant de manières de cajoler qu’il y a d’individus. Ce que j’aime par-dessus tout, quand je cajole Denauzier, c’est qu’il est immobile. Il reçoit mes gentillesses sans bouger d’un pouce, comme s’il ne voulait pas se laisser déconcentrer. Comme si les effleurements de mes doigts sur sa main et sur son bras mobilisaient toute son attention. Mais peut-être pas non plus. Je suis, moi-même, entièrement mobilisée par les effleurements que je lui prodigue. J’imagine peut-être, par projection, qu’il est entièrement mobilisé aussi, alors qu’il ne l’est pas pantoute. Mais cela ne change rien : qu’il soit mobilisé ou non, j’adore le cajoler.
La soirée dans le garage a eu lieu le samedi. Le dimanche matin, aux environs de neuf heures, nous étions à nouveau sur la route, direction Saint-Jean-de-Matha. Au début, Denauzier a conduit. Puis sa fille a voulu conduire. Puis son beau-fils a conduit quand sa fille s’est trouvée fatiguée. De tout le voyage, des 1 600 km que nous avons parcourus, je suis la seule à ne pas avoir touché le volant. Au bout d’un moment, Denauzier s’est trouvé à l’arrière avec moi, le dossier déjà peu incliné de la banquette du conducteur l’empêchant presque de bouger. Je n’ai pas pu résister, je me suis installée sur la partie centrale de la banquette arrière, pour lui tenir la main. J’étais au paradis, avec plusieurs heures de cajoleries devant moi.
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