Jour 1 562

J’écrivais dans un texte précédent que c’est surtout le matin qu’il se passe des choses dans ma vie, dans la mesure où le reste du temps je suis devant mon ordinateur au bureau. Or, aujourd’hui, c’est ce midi qu’il s’est passé quelque chose d’intéressant parce que je suis allée me faire piquer le doigt à l’Hôtel-Dieu. Ce n’est pas se faire piquer le doigt qui est intéressant, surtout que le résultat n’était pas très bon et que je vais devoir me piquer le ventre avec du Lovenox, c’est la rencontre que j’ai faite qui m’a beaucoup plu. J’attendais l’autobus 80 coin des Pins et du Parc, m’en retournant travailler, quand un homme s’est approché d’un autre homme, qui attendait l’autobus à côté de moi, pour lui demander s’il ne voulait pas l’encourager en lui achetant son dessin. L’homme approché a décliné la proposition de l’homme artiste qui est allé s’asseoir dans l’abribus. Intriguée, je suis allée le rejoindre dans l’abribus, j’ai regardé son dessin, tracé au crayon feutre noir avec beaucoup d’assurance, et je lui ai dit que j’étais intéressée à l’acheter. Il m’a remerciée, m’expliquant qu’il n’avait pas d’argent pour manger. Je lui ai donné 5$. Il a semblé content. Il n’avait pas le profil d’un itinérant et s’exprimait très bien, alors je lui ai demandé d’où lui venait son idée de vendre ses dessins dans la rue. Il m’a expliqué qu’à la suite d’un choc psychologique et affectif trop grand (rupture amoureuse), conjugué à l’obtention d’un poste prestigieux à New York dans le domaine de la mode en tant que directeur artistique, il est tombé gravement malade et ne s’en est jamais remis. Je ne sais pas quels mots il a utilisés pour décrire son état, la névrose, la psychose, la schizophrénie, ou alors il les a tous utilisés, mais j’ai reconnu le nom de deux de ses médicaments, l’un parce que je le prends moi-même, Effexor, et l’autre parce que maman le prenait, Séroquel. Il est monté dans l’autobus avec moi, en expliquant au chauffeur qu’il n’avait pas de ticket et qu’allait descendre à la rue Laurier, ce qu’il a fait. Comme le chauffeur n’a pas argumenté, j’ai pensé qu’il était connu et qu’on le laissait circuler. Assis à côté de moi, il m’a expliqué qu’il se rend tous les jours à la pharmacie prendre ses médicaments, et que ces derniers lui permettent d’avoir une vie relativement stable mais qu’il lui suffit de pas grand-chose pour basculer.
– Je manque d’énergie, de vigueur, de désir, a-t-il expliqué. Moi qui étais tellement amoureux des femmes, autrefois, je n’ai plus aucun désir aujourd’hui.
C’est à ce moment-là que l’autobus a freiné brusquement et que son corps a été déporté sur le mien.
– Je m’excuse, m’a-t-il dit.
– Je ne suis absolument pas inquiète, lui ai-je répondu, puisque vous n’avez plus aucun désir.
Ma réponse lui a plu et, spontanément, avant de se lever puisqu’on était arrivés rue Laurier, il m’a embrassée sur chaque joue.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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