Jour 1 565

Je marchais, ce matin, me rendant au travail. C’est le matin qu’il se passe le plus de choses dans ma vie car le reste de la journée je suis assise devant un ordinateur avec les mêmes cinq personnes à longueur d’année. Je suivais une femme qui marchait à ma vitesse, ce qui fait que je ne la dépassais pas et qu’elle ne s’éloignait pas. Mais tout d’un coup elle s’est arrêtée de marcher au beau milieu du trottoir, sans se tasser sur le côté pour nous laisser continuer notre route. La main à plat devant la bouche, les yeux fermés, le visage contracté par la douleur, elle pleurait. Pas la douleur physique, la douleur dans son cœur. Je ne me suis pas arrêtée à sa hauteur, j’ai continué mon chemin, par pudeur ou par crainte de la déranger ou par crainte de ne pas savoir comment l’aider, d’autant qu’il y a de bonnes chances qu’elle ne parlât pas français. Constatant, dans la micro seconde que je l’ai regardée, qu’elle avait le teint hâlé, peut-être naturellement, et les cheveux noirs, j’ai pensé, et il est possible que je ne me sois pas trompée, qu’elle pleurait les membres de sa famille tués sous les bombes à Gaza.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire