Jour 1 583

Philatélie

Philatélie

Je suis très fière de ma philatélie. Quand elle avait douze treize ans, ma sœur collectionnait les timbres. Encore une fois, dans mon souvenir, je me tenais debout, sans bouger ni parler, à l’observer. Je me rappelle qu’en Afghanistan –quel nom de pays exotique pour une fillette de dix ans–, il y avait des timbres de gros format qui me faisaient voyager. Bibi ouvrait minutieusement son cartable et plaçait les timbres par pays entre les deux feuilles d’un bandeau en papier de soie. Je pense qu’elle utilisait une pince pour les y glisser. Ce n’était pas du tout mon genre, mais ça ne veut pas dire que je savais quel était mon genre. À peu près au même âge, j’ai appris à jouer de la guitare. J’ai appris à jouer de la guitare par hasard, parce qu’une fille de ma classe, en secondaire 1, qui n’était même pas mon amie –puisque je n’avais pas d’amie–, m’avait dit que si on le voulait, on n’était pas obligées de jouer de la flûte à bec dans la classe avec les autres. Alors nos pas nous ont dirigées vers la salle de musique, qui sentait tellement bon le Pledge au citron. J’ai ainsi commencé à apprendre à jouer de la guitare avec le professeur qui a accepté de nous enseigner en cours parascolaires. Par hasard. Mes pas à la salle de musique m’ont ensuite dirigée vers le Conservatoire de musique, à Québec, pendant quatre ans. Au terme de mon DEC en musique, sans me rendre vraiment compte que j’avais complété un DEC, j’ai changé de branche, comme on dit, et mes pas m’ont alors dirigée vers l’Université Laval feuilleter le catalogue des cours offerts. Il n’y avait pas d’Internet à l’époque, et s’il y en avait eu, je n’aurais pas eu les moyens de m’acheter un ordinateur. Donc, Université Laval, en 1981, je feuillette le catalogue et je ne vois qu’une possibilité d’études, les lettres. Par défaut. C’est la secrétaire du département qui m’a inscrite aux cours obligatoires du premier trimestre. Il ne m’est pas venu à l’idée que j’aurais pu les choisir moi-même. Tel était, à l’époque, le niveau de contrôle que je détenais sur ma propre vie.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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