Jour 1 593

Hybride

Hybride

C’est toujours la même histoire depuis la fin de ma trentaine : quand je ne vais pas bien, j’ai peur de ne plus pouvoir utiliser mon cerveau, dans le sens de ne plus être capable de penser, et par conséquent de parler, et par conséquent d’écrire. C’est embêtant pour le compte à rebours du blogue, il me reste encore une certaine quantité de textes à écrire. Ce n’est même pas le décès de maman qui me bouleverse, c’est l’annonce que papa fait de son propre décès, sous l’effet du décès de maman, bien sûr, et de tous ses bobos qui s’accumulent. Il me regarde et me dit de son regard perçant qu’il a eu une belle vie, qu’il est prêt à mourir, qu’il est chanceux de ne pas avoir souffert autant que certains de ses amis, maintenant morts, ou que maman. Mais quand il plante son regard perçant dans mon regard humide, je ne peux m’empêcher de déceler à quel point il voudrait demeurer en vie. Il voudrait demeurer vivant parce qu’il est un être d’amour et que pour aimer, dans le monde que nous connaissons, entre le moment de notre naissance et celui de notre mort, être vivant constitue un prérequis. Autre manière de dire la chose : comment savoir si on peut aimer quand on est mort ? Papa est généreux, n’empêche, parce qu’il nous prépare à sa disparition, tout en essayant de se convaincre lui-même. Hier je conduisais mon véhicule, de retour à Montréal dans la grosse pluie battante, en braillant autant qu’il pleuvait. La douleur dans ma poitrine me faisait réaliser qu’il est facile de se laisser submerger par la souffrance au point de n’être plus qu’un corps inerte en suspension dans l’univers, jusqu’à un éventuel retour à la raison.
En attendant, pour les êtres vivants que nous sommes encore, voici Hybride, qui doit son existence à la rencontre des lunettes d’un collègue masculin posées sur le visage féminin d’une jeune fille d’origine métissée du groupe scout d’Emma.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire