Et voici la photo de moi qu’a prise maman. À bien y penser, c’est peut-être, et je dirais même certainement, la dernière photo qu’elle a prise dans sa vie. Merci ma belle mamounette. Ce n’était pas facile pour elle parce qu’elle ne connaissait pas mon appareil numérique, parce qu’elle n’a peut-être jamais manipulé d’appareil numérique, et comme elle était couchée dans son lit, ça n’a pas dû être facile de trouver l’angle approprié. Dans ces conditions, le résultat est excellent. C’est un gros plan sur ma main, et sur l’anneau de mariage de papa, anneau que je me suis mise à porter quand j’ai donné ma bague à maman.
Ce matin, c’était Bibi ma maman. Quand elle dort chez moi, elle se lève plus tôt pour trancher des oranges, me faire un café dans une tasse, sur laquelle elle dépose une soucoupe afin que le café ne refroidisse pas. Elle me prépare un autre café dans mon thermos, que j’apporte au travail. Le thermos, sur le couvercle duquel il est écrit Adeline, est un cadeau de Clovis, alors c’est un travail d’équipe. Elle s’assure que je pars sans oublier le thermos, depuis qu’elle a eu connaissance qu’il m’arrive de l’oublier. La cerise sur le sundae, ce matin, c’est qu’elle m’a fait penser que j’avais ce soir mon cours de yoga. J’avais complètement oublié. Sans Bibi, je serais arrivée au travail sans avoir dans mon sac ma tenue appropriée. Ce n’est pas tout. Pendant que j’étais sous la douche, elle est venue me demander si je voulais un «petit coco», qu’elle a fait cuire bien entendu ! Je suis excessivement gâtée par ma sœur aînée. Récemment, il y a eu un petit problème de tuyauterie bouchée dans la salle de bain. Bibi s’est installée au siphon, pendant que, debout et inutile à ses côtés, je me suis contentée d’observer. J’avais l’impression que nous étions retournées en enfance quand, âgée elle de huit ans et moi de cinq, dans le sous-sol de notre logement à Joliette, elle me montrait comment installer les roues dans les anneaux dentés de notre jeu Spirographe. À 55 ans dans ma salle de bain à Montréal, j’avais l’impression de me tenir debout et d’observer de la même manière qu’à 5 ans lorsque pratiquement tous mes enseignements me provenaient de ma grande sœur, de ma Bibi en or.
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