
Emma au piccolo
Orchestre du Conservatoire de la Montérégie
La photo n’a rien à voir avec le mot du jour.
J’aime de moins en moins faire l’épicerie parce qu’à chaque fois que je mets les pieds dans un marché d’alimentation, j’ai l’impression de me rapprocher un peu plus du jour où il ne sera plus possible de payer les denrées. Ce jour-là, les conflits vont commencer. Hier, cependant, bien que poussant mon panier dans un marché d’alimentation, je ne pensais pas tant au conflit qui nous attend qu’à une histoire qu’une jeune femme venait tout juste de me raconter. Quand elle était petite, son père travaillant de soir, elle arrivait de l’école pour le voir presque aussitôt quitter la maison, sa boîte à lunch sous le bras. Elle dormait peut-être d’un sommeil léger, c’est fréquent chez les enfants anxieux, car elle a vite découvert que son père revenait du travail en pleine nuit, vers les deux heures du matin. À force de se réveiller quand il arrivait, elle s’est mise à se lever pour aller le saluer, pour être avec lui, pour lui raconter sa journée, et lui sa soirée. D’une chose à l’autre, elle a développé l’habitude de manger avec son père en pleine nuit. Ce n’était ni un souper, ni un petit déjeuner, mais un mélange des deux, m’a-t-elle précisé, parce qu’ils mangeaient souvent des œufs !
– Je suis très attachée à mon père, a-t-elle conclu.
– Ça ne devait pas être facile de te lever le lendemain pour aller à l’école ?, ai-je demandé.
– Je ne sais pas, je ne m’en rappelle pas. Maintenant c’est moins l’fun, a-t-elle ajouté, je suis seule la nuit quand je me lève pour manger. Mon chum s’endort en trois secondes et ne se réveille que le lendemain matin quand le réveil sonne.
– Ça doit t’arriver juste des fois de temps en temps de te lever la nuit, de toute façon ?
– Non, je me lève toutes les nuits.
J’ai eu l’impression, voyant sa lèvre trembler, qu’elle allait se mettre à pleurer.
Impressionnant. La piccoliste (magnifique photo) et l’histoire.
La nuit, c’est tranquille, tellement plus facile de réfléchir, de se concentrer dans le travail; je comprends qu’on s’y attache. Mes parents et amis disaient de moi que j’étais un « vampire » parce que je travaillais beaucoup la nuit (mais aussi le jour, donc: pas un vampire).
Cette photo me touche particulièrement ce soir, car aujourd’hui j’ai assisté à un très beau concert de l’ensemble Pallade Musica, à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Avec Elinor Frey, que tu connais, et à la flûte traversière baroque, Anne Thivierge, que tu connais peut-être aussi? Très beau concert, dans une très belle chapelle, où j’entrais pour la première fois.
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