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J’ai résisté à l’appel du rose. Je le voyais qui me faisait des clins d’œil du haut de l’escalier que je m’apprêtais à descendre. Rendue à la dernière marche, je me suis dirigée vers lui, je lui ai tourné autour, puis j’ai demandé à la vendeuse, parce que je l’entendais qui arrivait par derrière, s’il était possible d’essayer ce rose sous forme d’échantillon. Dommage, j’aurais aimé observer, tranquille, cette belle couleur rafraîchissante. Mais au Pharmaprix, au rayon des produits de beauté, il n’est pas vraiment possible d’observer quelque chose tranquille pendant plus de dix secondes. Pour être certaine que la vendeuse me comprenne, j’ai espacé d’un centimètre mon pouce de mon index, pour appuyer l’idée que c’est bien peu demander, un mini-échantillon, ou pour exprimer, comme si je la prenais pour une idiote, qu’un échantillon n’excède pas l’espace entre mes deux doigts.
– Si vous voulez l’essayer, madame, il faut l’acheter, m’a répondu la vendeuse.
C’est exactement la réponse que j’espérais. Je n’étais pas intéressée à repartir avec un échantillon, et encore moins à acheter le tube au complet. J’ai posé la question parce que je me sentais obligée de parler et que je ne savais pas quoi dire.
Mes lecteurs sont déjà au courant que j’ai plein de bâtons de rouge à lèvres à écouler. Le premier tiers de l’année 2014 est d’ailleurs presque terminé et je n’ai guère liquidé ma cargaison.
Bien que ce soit le printemps, je continue d’appliquer quand j’y pense des couches de rouge intense, presque marron, de rouge profond, de rouge ancien, couleurs toutes plus hivernales les unes que les autres. De toute façon, je ne suis pas certaine de posséder des vêtements de printemps qui appellent des couleurs légères. Je porte en ce moment un chandail rouge sur ma robe noir et blanc –mais sans le tablier. Mon chandail est de couleur chaude, de la couleur de l’habit du père Noël et des poinsettias. Pour mal faire, ou pour me faire mentir, parce que je n’ai nommé que des couleurs rouges au sein de mon inventaire, je porte sur les lèvres, nonobstant le chandail rouge, une couleur vieux rose. Et comme je me connais, si je portais un chandail vieux rose, je m’arrangerais pour porter une couleur trop rouge. Toutes ces inepties parce qu’il est tard, que je dois rentrer à la maison, et que je retarde au maximum le moment d’affronter le froid d’hiver de ce soir munie de mon très mince manteau de printemps.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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